Publié le 14 Décembre 2009 par Julie Estève et Agnès Vannouvong

Rencontre avec Catherine Robbe-Grillet Plaisir du déplaisir

blog post image

Légère, frivole, elle pétille, avec classe, l'esprit libre, agile. À presque 80ans, elle est la doyenne des prêtresses sadomasochistes. Dans le milieu, c'est une reine, une esthète. Catherine Robbe-Grillet a tout d'une petite dame dévergondée, la distinction et le raffinement comme armes de séduction. Elle nous ouvre les portes de sa mémoire et de son château normand du XVIIe siècle, nous raconte sa vie, ses aventures. On rit beaucoup. Avec elle et son « esclave » à la jupe longue, au sourire ravageur et à l'humour inénarrable. Entre une causerie dans le salon des glaces et un verre de vin au coin du feu, on revient sur ses pratiques hors normes, et sur son mari, Alain, le célèbre écrivain du Nouveau Roman.

Causette : Qu'est ce que le SM ?

Catherine Robbe-Grillet : C'est un contrat tacite ou écrit entre deux personnes égales pour organiser temporairement ou définitivement une situation totalement inégalitaire entre un dominé et un dominant. Je suis SM depuis toujours. J'ai été élevée dans une institution religieuse où le modèle est le martyr. J'ai baigné dans l'idée que la souffrance est rédemptrice. Ma pratique personnelle est d'aimer donner des ordres. Je suis un peu violente, souvent jusqu'au sang. Mais je ne suis pas totalement sadique, car j'ai affaire à des soumis qui jouissent de cette violence. C'est une demande, un plaisir pour eux. Dans certain cas, le soumis propose et la dominatrice dispose. Mais mes limites sont claires. Si certaines pratiques ne m'excitent pas, je ne les fais paset je n'accomplis jamais d'acte irréversible, sauf consentement. À une soirée organisée par une professionnelle, j'ai trouvé des hommes nus, à genoux, une pancarte autour du cou sur laquelle il était inscrit le nom, l'âge, les demandes et les refus. Tout cela m'ennuie... Regarder le menu. On voit très bien les dominatrices qui sont payées et je ne voudrais pas être confondue avec elles. En général, mes soirées ne se passent pas chez moi. Parfois au château, mais toujours avec des gens que je connais très bien. J'ai besoin de lieux qui me sont en partie inconnus et j'ai une idée très précise de ce qui doit se passer. Je suis du côté du théâtre, c'est une évidence. Un soir, j'ai organisé une cérémonie sur les quais de Seine. La pierre blanche, les bateaux qui défilent, leurs projecteurs, le public, provisoire, qui regarde, passe, mais ne dérange pas, c'était fantastique. Le dernier lieu en date était un parc privé parisien. Une chasse. Entre femmes.

 

 

...la suite dans Causette#4...

 

ShareFB

 

Publié le 14 Décembre 2009
Auteur : Julie Estève et Agnès Vannouvong | Photo : Christophe MEIREIS
6820 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette