Politique Publié le 28 Septembre 2015 par Propos recueillis par Anna Cuxac

La censure décomplexée Vincent Bolloré

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Après la droite décomplexée, voici la censure décomplexée. On doit cette belle innovation à Vincent Bolloré, propriétaire de Canal+, qui, en déprogrammant le documentaire évasion fiscale : une affaire française, protège clairement son ami Michel Lucas, patron du Crédit mutuel. À l’occasion de la sortie de l’ouvrage collectif Informer n’est pas un délit, Causette a interviewé deux de ses auteurs, Martine Orange et Benoît Collombat. Journalistes à Mediapart et à France Inter, ils ont eu tous deux la « chance » de se frotter au Breton coupeur de têtes. Ils ne sont pas très étonnés des coups de poignard lancés à l’information et à la liberté d’expression sur Canal+ par Bolloré depuis que celui-ci a décidé de s’improviser rédacteur en chef suprême de la chaîne.

Benoît Collombat, journaliste à France Inter

« Bolloré fait ce qu’on lui laisse faire »

Causette : Dans Informer n’est pas un délit, vous avez choisi de raconter comment le PDG de Radio France et vous-même avez été condamnés par la justice à la suite d’une plainte en diffamation de Vincent Bolloré en 2009, à cause de la diffusion d’un grand reportage portant sur ses activités en Afrique (plantations, gestion portuaire et ferroviaire). Pourquoi avoir choisi de revenir sur ce procès ?

Benoît Collombat : Il est représentatif des méthodes Bolloré. Il y a eu de sa part une tentative de « censure par abstention », procédé qui consiste à ne répondre qu’au dernier moment aux questions (obtenir des réponses étant essentiel au travail d’investigation.) L’idée de Vincent Bolloré à travers ce procès : faire un exemple à l’adresse de potentielles sources et des autres journalistes. Depuis, peu de choses sont sorties sur l’implantation du groupe Bolloré en Afrique, c’est l’effet recherché.

... La suite dans Causette #60.

Martine Orange, journaliste à Mediapart

« Vincent Bolloré cherche à amputer la chaîne de toute dimension politique »

Causette : Dans Informer n’est pas un délit, vous avez consacré un chapitre à la directive européenne sur le secret des affaires, discutée à l’automne au Parlement européen. En quoi gênerait-elle le travail des journalistes ?

Martine orange : Le principe est simple : toute information qu’une entreprise voudra cacher pourra être passée sous silence au titre du « secret des affaires ». Mon enquête pour Mediapart a montré que ce projet est poussé par les lobbies de groupe- ments patronaux et que cette directive se négocie dans la plus grande opacité. La notion de « secret des affaires » n’a pas de limites, on est proprement dans le délirant. Avec une telle directive, plus d’enquête sur le Mediator ou les implants mammaires.

... La suite dans Causette #60.

Publié le 28 Septembre 2015
Auteur : Propos recueillis par Anna Cuxac | Photo : © Vincent Isore/IP3 press
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