Reportages Publié le 14 Septembre 2015 par Anna Cuxac

Salon musulman du Val-d'Oise, « la femme à l'honneur » : ce qu'il faut retenir 14/09/15

blog post image

“Causette” était présente samedi 12 septembre au Salon musulman du Val-d'Oise, à Pontoise, qui mettait cette année, pour sa troisième édition, « la femme à l'honneur ». Voici ce que nous avons vu.

- À l'entrée du salon, la personne qui doit vous attacher le bracelet au poignet doit être du même sexe que le vôtre.

- Entre les stands de finance islamique, associations, produits de beauté, parfums et vêtements traditionnels, on croise beaucoup de familles. La plupart des femmes sont voilées, mais certaines, dont des bénévoles à l'organisation de l'événement, affichent leur chevelure en cascade.

- En début d'après-midi, une théologienne algérienne, Nassima Prudor, axe sa conférence sur l'idée qu'en islam les femmes sont à l'égale des hommes, et que tout autre discours relève d'une interprétation faussée. Elle s'élèvera contre un conférencier (qu'elle ne veut pas nommer), qui, « lors de journées 100 % femmes, demande à ce que les femmes se tournent face au mur pour l'écouter ». Elle déclarera aussi que, à ses yeux, un salon où sont mis à la fois en avant « la femme » et des cours de cuisine est dégradant pour les premières. Interrogée au sujet de Nader Abou Anas et Mehdi Kebir, elle assure ne pas les connaître, et donc ne pas savoir que ces conférenciers ont pu tenir des propos plus que douteux.

Pour rappel, Nader Abou Anas, qui officie à la mosquée Al Imane du Bourget, est un prêcheur qui légitime le viol conjugal dans une vidéo datée de fin 2014 : « Les femmes vertueuses sont celles qui obéissent à leur mari, c'est pas moi qui le dis, mais c'est Allah. La femme ne sort de chez elle qu'avec la permission de son mahram [tuteur mâle, ndlr], de son mari. [...] Le soir, il a un besoin, il a une envie, elle lui dit non, et elle ment en disant "je suis fatiguée" et l'homme, il craque. [...] Qu'elle sache que les anges la maudissent toute la nuit dans le cas où elle se refuse à son mari sans raison valable. »

Quant à Mehdi Kabir, il affirme que (morceaux choisis, mais chacune de ses vidéos est un petit bonheur du genre) « beaucoup de femmes sont tombées dans le péché [...], le grand pêché de l'exhibition de la femme dans l'islam. Qu'est-ce que cette exhibition ? [...] Le fait qu'elle laisse paraître ses formes tentatrices, et sa beauté, et ses parures devant le regard des hommes. » Etc.

- Ont suivi un cours de cuisine réalisé par une star de la télé marocaine, Choumicha, et un défilé de mode, où abayas et hijabs se sont mélangés à des djellabas tape-à-l'œil. On a appris à maîtriser la cuisson de la feuille de brick et on a trouvé certaines tenues très élégantes.

- Pendant les temps de battement, des ONG islamiques ont été invitées à présenter leur travail à l'assistance. Parmi elles, l'ONG Barakacity, dans le viseur de « plusieurs notes confidentielles récentes des services de renseignement, qui écrivent que les promotteurs de Barakacity joignent habilement considérations commerciales et foi religieuse, avec un merchandising moderne, visant un public jeune et connecté », selon une information RTL.

- Enfin, la conférence de Nader Abou Anas et Mehdi Kabir commence. Qamis blanc et kufi blanc en crochet, les deux hommes sont évidemment au courant qu'une pétition appelle au boycott du salon à cause de leur présence - c'est d'ailleurs cette pétition qui nous a alertés sur l'affaire.
Ils introduisent leur conférence de ce début de soirée en cherchant maladroitement à justifier leurs propos filmés qui sont relayés depuis quelques jours par les médias grâce à la pétition. La faute aux mauvais montages vidéo, ainsi qu'à l'ignorance des non-musulmans, qui ne sont pas prêts à recevoir l'enseignement de sages tels que ces Dupond et Dupont tout de blanc vêtus : « Ne croyez pas les conférences coupées sur Internet. Malheureusement, on n'arrive pas à se faire entendre et comprendre des non-musulmans. Non, ce n'est pas un double discours [...], c'est simplement que quand on s'adresse à un public qui est musulman, y a déjà des bases, des acquis, [...] il y a certains points qu'on ne détaille pas. » Voilà pour le préambule en forme de justifications foireuses.

Ensuite, après avoir souligné qu'« aucun texte n'admet la soumission de la femme à l'homme », tout en surveillant du coin de l'œil un journaliste de RTL qui enregistrait la conférence en tendant son micro devant l'une des enceintes, les pieux compères se sont lancés dans une ode lyrique au statut de la mère dans l'islam. À ce titre, on apprend par exemple que dans le Coran Jésus est la plupart du temps cité comme « le fils de Marie ». Nous croyons comprendre que ce n'est pas ce soir, alors qu'ils se savent attendus au tournant par les quelques journalistes présents, que Nader Abou Anas et Mehdi Kabir vont dire des horreurs sur la fâââââme musulmane. Nous décidons de partir.

À peine sortis, le journaliste de RTL et moi-même sommes rattrapés par une jeune femme voilée qui nous demande de rentrer tout de suite et finit par nous avouer que les Femen, dont elle fait partie, vont perturber la « fête  ». Nous entendons soudain des cris et nous précipitons dans la salle : une vingtaine d'hommes sont agglutinés sur les deux Femen qui viennent de monter sur scène en ôtant leur voile pour découvrir leurs seins et dénoncer la présence des deux prêcheurs moyenâgeux. Outre des « sales putes » lancés dans le public, ce sont les coups de pied donnés alors que les militantes étaient déjà maîtrisées qui saisissent d'effroi : la violence dont ont fait preuve certains hommes envers les interruptrices était inacceptable. Le service de sécurité s'est par ailleurs fait déborder par des hommes du public, qui se sont lâchés sur ces femmes.

Dans la salle, des enfants pleurent et des jeunes filles ne comprennent pas pourquoi « elles se sont déguisées en [elles] ». Les deux femmes sont maintenues par le service de sécurité dans les coulisses de la scène, jusqu'à ce qu'elles soient exfiltrées par une porte pour être réceptionnées par la police. Dans la cohue, on éloigne les journalistes. La Femen qui nous avait interpellés réussit à quitter les lieux sans être repérée. La fête est gâchée. Dans la foule, on regrette la violence de ceux qui sont montés sur l'estrade, mais on regrette aussi que les Femen n'aient pas simplement pris un micro pour « débattre ». Les organisateurs se demandent à quoi va ressembler la journée du lendemain, le salon se tenant sur les deux jours.

 

 

Publié le 14 Septembre 2015
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Image issue du site www.salon-musulman-valdoise.com, aujourd'hui inaccessible.
27823 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette