cinema Publié le 01 Septembre 2015 par Anna Cuxac

Sweetie, folie douce 01/09/15

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Le premier long-métrage de Jane Campion, “Sweetie”, ressort en salles le 2 septembre. Il n’a rien perdu de son intérêt.

Un grain de beauté sur le front et une boucle de cheveux bruns qui tombe précisément au-dessus. Il n’en fallait pas plus à Kay (Karen Colston) pour reconnaître sur ce visage le « point d’interrogation de celui qui sera son mari », promis par une voyante qui sait lire dans les feuilles de thé. Alors Kay vole Louis (Tom Lycos) à sa collègue de boulot, tous deux se marient et s’installent. Ces premières minutes du film Sweetie donnent le ton poétique et dérangeant du premier long-métrage de l’Australienne Jane Campion, sorti en 1989.

Kay est introvertie, un peu étrange, et dit avoir peur de tout : de la vie, de la mort, de ses sentiments et de ceux des autres. L’irruption de sa sœur Sweetie (effrayante et magistrale Genevieve Lemon) chez elle, un an après son mariage, va bouleverser le fragile équilibre de sa nouvelle vie qui, du reste, la déçoit un peu. Tout en chair, incontrôlable et débraillée, Sweetie rêve de faire une carrière dans le show-business et trimbale donc dans ses bagages un petit ami pseudo producteur et junkie. Comment ne pas être dépassé par l’encombrante et borderline Sweetie ? Il n’y a guère que le père, Gordon, pour garder espoir dans les capacités de sa fille à se battre contre elle-même.

Jane Campion filme cet amour paternel dans sa dimension la plus déchirante, quand Sweetie et lui improvisent un spectacle pour Louis. Celui-ci quittera les lieux, gêné par la mascarade d’un corps impudique d’adulte dans un show façon kermesse. Lâche, ce Louis. Mais qui voudrait assister à la détresse d’un père confronté à la déchéance de son enfant ? Le tableau familial, déjà bancal, va s’effondrer – dans une scène annonçant la fin du film, il s’effondre littéralement –  inexorablement entraîné par le poids d’une jeune femme monstrueuse et inadaptée.

Dédié à sa sœur, ce premier film annonce le goût de la réalisatrice pour l’atmosphère délicieusement pesante (beaucoup de plans serrés), l’introspection, l’étrangeté. Surtout, Sweetie soulève une question qui se pose avec douleur sous les toits de chaque foyer déchiré par la maladie mentale : que faire avec nos fous ?

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Où voir Sweetie

Grand Action à Paris

Le Lido à St-Maur-des-Fossés 

Le Méliès à Montreuil

Le Méliès à St-Etienne

Star St Exupéry à Strasbourg

Omnia République à Rouen

Cameo Commanderie à Nancy

Publié le 01 Septembre 2015
Auteur : Anna Cuxac
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