La cabine d'effeuillage Publié le 26 Août 2015 par Sarah Gandillot

Le peintre illuminé Gérard Garouste

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Depuis plus de trente ans, Gérard Garouste, l’un des plus grands peintres français, produit une œuvre énigmatique, érudite, hors mode, inspirée autant de la bible et du talmud que de sa propre existence. une vie chahutée par la maladie psychique et marquée au fer rouge par une « enfance foirée », comme il le dit. rencontre avec un géant « intranquille ».

Puisque ses toiles le racontent si bien, entrons dans l’histoire de Gérard Garouste par celle qu’il peint en ce moment. Une centaine d’autres sont exposées à la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes). Celle-ci, il faudra l’imaginer. Gérard Garouste, grand bonhomme de 69 ans, au corps puissant, mains épaisses ornées de grosses bagouses et gueule d’acteur irrésistible, nous la décrit dans le petit jardin de son atelier parisien, au fond d’une cour du XIe arrondissement. Il y passe un ou deux jours par semaine, quand il a des rendez-vous. Le reste du temps, il vit et travaille dans l’Eure. Il explique, de sa voix bienveillante : « À l’avant du tableau, il y a un âne qui montre le chemin. Moi, je suis derrière, en compagnon de route, un bâton à la main et une besace sur le dos. Dans cette besace, il y a ce sous-main que j’ai souhaité garder en souvenir de mon enfance, quand mon père a voulu se débarrasser de son bureau. » Ce sous-main, présent dans plusieurs de ses toiles, est le symbole de l’histoire de son père. Collabo et antisémite, il a spolié des biens juifs en 1943. Dont ce sous-main. Voilà l’histoire de Gérard Garouste. Elle tient en une ligne, mais elle a gangrené sa vie. Son père était « un salaud » avec lequel il n’a jamais pu parler.

Une parole brute et sincère

Ce terrible fardeau, cette lourde besace, hante les toiles du peintre depuis toujours, mais il n’a osé mettre des mots dessus qu’en 2009. Avec la collaboration de la journaliste Judith Perrignon, il a publié un ouvrage bouleversant, courageux, en forme d’autoportrait : L’Intranquille. « Je voulais expliquer à mes deux garçons d’où on venait. Ils avaient une trentaine d’années quand le livre est sorti. Mon père venait de mourir. Jusqu’ici, je n’avais pas voulu démolir l’image de leur grand-père, qu’ils aimaient beaucoup. Je ne suis pas responsable de ce qu’a fait ma famille, mais je serais en revanche responsable de le taire. C’est inscrit aux Archives nationales, et je ne peux pas l’effacer... »

... La suite dans Causette #59.

Publié le 26 Août 2015
Auteur : Sarah Gandillot | Photo : ThIbault Stipal pour Causette
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