Spectacles Publié le 01 Juillet 2015 par Sarah Gandillot, Anna Cuxac

Rab de Off Avignon

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Dans le numéro d'été, Causette #58, nous vous proposons une sélection de pièces à voir parmi les 1 300 spectacles du Off d'Avignon, qui se tient du 4 au 26 juillet. Nous complétons nos choix ici !

C’est quoi la beauté ?

Trois ans que La beauté, recherche et développements cartonne à Avignon et ailleurs. Causette vous avait déjà parlé de ce spectacle ovni (numéro 40), loufoque et hilarant mené par deux comédiennes de talent, qui jouent les vraies-fausses conférencières d’un musée imaginaire de la beauté. C’est par l’absurde qu’elles questionnent notre société qui se raccroche à la beauté et à l’injonction à la jeunesse pour tenter de tromper la mort et l’angoisse. A mi chemin entre les Deschiens et Shirley (sans Dino)… Irrésistible. SG

La beauté, recherche et développement, Théâtre 3 soleils, 20h45


Et les sentiments ?

Constance aime, culpabilise, ambitionne. Elle est aussi triste, joyeuse ou pleine de dévotion – à moins que ce ne soit pour rire. Constance déborde de sentiments et vous les porte sur un plateau sur scène avec une réelle créativité dans l’écriture. Excellente comédienne, l’humoriste fait éclater de rire son public à travers ses personnages. En filigrane, un message : ne refoulez pas ce que vous éprouvez, vous pourriez passer à côté de votre existence. Promis, on vous reparle d'elle très bientôt. AC.

Partouze sentimentale, au théâtre Actuel, 20h30


Du droit de péter une durite

Trois voisines de palier, trois générations se lient d'amitié dans l'adversité de leurs vies. Si la monoparentalité, la complainte de la ménagère et l'abandon du mari sont des thèmes entendus dans le théâtre contemporain, la pièce chorale Les femmes et les enfants d'abord se révèle d'une profondeur emballante, en textes et en chansons.

Lorsque le rideau s'ouvre, un bric-à-brac savamment sélectionné est là pour rappeler qu'il n'est pas possible dans la vraie vie de faire de nos intérieurs des appartements témoins Ikéa. Car dans la vraie vie, il y a le boulot phagocytaire, les enfants parfois encombrants, les conjoints à l'amour vieillissant, et le linge sale qui s'amoncelle en attendant la machine. Le linge sale, c'est la croix que porte Maryssa (Séverine Vincent), présumée quinqua et femme au foyer. Maryssa compose entre ses ados en pleine crise de foi et son mari, Marcel-Ange, qui brille par son absence. Ses voisines sont Marie (Véronique Viel), que l'on imagine quadra, « hôtesse d'accueil » mère de deux enfants, et Marielle (Rachel Arditi / Gaëlle Pinheiro), 20 ans, sans diplôme, au chômage, et mère isolée d'un nourrisson – le beau Paul, cogéniteur, a pris la clef des champs au huitième mois de la grossesse, comme c'est charmant.

Ce tableau une fois planté, le propos – interroger la condition des femmes dites "d'aujourd'hui" - prend de l'épaisseur grâce à un moment de bascule où, soudain, le naturalisme va s'effacer derrière ce qui ressemble à du fantastique. Grinçant. Faut-il vraiment croire aux circonstances tragiques du brutal départ de François, le mari de Marie ? Evidemment, puisque vous ne doutez pas du caractère plausible des mythes des tragédies grecques. La « réalité chaviresque » que chantent les trois personnages sur scène fait sauter les verrous de leur raison et nous entraîne dans un jubilatoire mouvement de libération émotionnelle.

Ces "mères responsables" se précipitant avec allégresse sur le rivage de la folie ressemblent pourtant à chacune d'entre nous qui doit "concilier son travail et sa vie de famille" ou souffrir sa position de nouvelle Bovary. Il n'y a que la plus jeune, Marielle pour garder pied à terre, peut-être parce que son optimisme n'a pas encore été trop bousillé par le temps. Faut-il alors penser que le plongeon en eaux troubles nous guette toutes ? Sans doute, mais il est possible de s'en sauver avec un peu de sororité.

Si les hommes sont ici les principaux facteurs évanescents des maux des femmes, c'est parce que l'auteure de la pièce, Véronique Viel (Marie) a compilé ses observations de ce qui est arrivé « aux femmes autour d'elle ». Il n'empêche, derrière le piano qui accompagne chaque chanson bien ficelée, se trouve un homme, François Peyrony. Quand Causette s'est rendue à la répétition de la pièce (le spectacle en Avignon est une première représentation), le pianiste nous a semblé bien traité et assez content de participer à l'aventure. C'est bon, vous pouvez y amener vos maris ! A.C.

Les femmes et les enfants d'abord, Théâtre 3 soleils, 14h

Publié le 01 Juillet 2015
Auteur : Sarah Gandillot, Anna Cuxac
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