Corps et Ame Publié le 30 Juin 2015

Éducation sexuelle mon cul !

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« Éduquer à la sexualité » dans les programmes scolaires ! Non, fourrer la main dans la culotte ou dans celle de leur voisin... On mais c’est quoi cette école républicaine avec ses profs-gauchos- pervers et autres intervenants « militants » (pour ne pas dire homosexuels, quelle horreur !) qui veulent détourner nos enfants du droit chemin en leur apprenant à se triturer la nouille ou à se frotter la minette dès le CP ? La maîtresse va faire de nos petits angelots des obsédés de la bistouquette. Quant au maître, il va les traumatiser avec ses peluches en forme de pénis et de vagin... Damnation ! Et puis, au collège, ils vont nous les exciter, nos prépubères, à force de leur parler poils, nichons et préservatifs. Ça pourrait bien leur donner envie de rouler des pelles et de se pourrait pas se contenter de continuer à dire à tout le monde que les bébés naissent dans les choux et puis c’est tout ?! Depuis qu’elle a vu le jour (en 1973, en France), l’éducation sexuelle alimente les rumeurs les plus folles. Et ce quels que soient les pays et les époques. Et pourtant, vous allez voir, pas de quoi s’enflammer, car le bruit que fait l’instruction de la sexualité à l’école, c’est surtout : flop. Ce ne sont pas les trois pauvres séances annuelles normalement prévues et qui ont du mal à être respectées qui vont faire la révolution. Et ça, bizarrement, ça ne fait grimper personne au rideau...


Un dossier brûlant !

Historien et spécialiste de l’éducation à la New York university, Jonathan Zimmerman vient De publier une histoire de l’éducation sexuelle dans le monde. Le titre ? Too hot to handle. Comprenez : « un dossier trop chaud à gérer ».

Attention, ça brûle. C’est bien ce qui domine, selon Jonathan Zimmerman, la courte histoire de l’éducation sexuelle à l’école à travers le monde : depuis sa création, il y a plus d’un siècle, elle divise et dérange sans discontinuer et reste, de ce fait, une discipline imparfaite et bancale. Ne lâchons pas le morceau, insiste cependant l’historien : bien que foireuse, l’éducation sexuelle est essentielle !

Causette : L’ouvrage que vous consacrez à l’histoire de l’éducation sexuelle à l’école à travers le monde est riche, drôle, mais aussi désespérant : ce n’est pas l’histoire d’un échec, mais presque...

Jonathan Zimmerman : Je n’aime pas parler d’échec, mais plutôt d’une éducation sexuelle restreinte depuis son apparition, au début du XXe siècle. C’est cela qui marque son histoire : le fait qu’elle ait été bridée et mal mise en œuvre, car toujours critiquée. Finalement, l’opposition à l’éducation sexuelle à l’école est bien plus massive que l’éducation sexuelle elle-même ! C’est valable quelle que soit la période. Et le pays. Citons, par exemple, les manifestations anti-éducation sexuelle à Mexico dans les années 1930 : des parents d’élèves font bloc contre l’initiative du gouvernement socialiste qui souhaite instaurer la discipline au programme afin de « corriger les idées fausses imposées par des parents répressifs ». L’opposition est violente, des parents font la grève de l’école et, au bout du compte, l’éducation sexuelle ne démarrera jamais vraiment... On retrouve le même type de tensions quatre- vingts ans plus tard, en France, contre les ABCD de l’égalité !

... La suite dans Causette #58.


France : L’école doit-elle se retirer ?

À l’âge où le regard des camarades est plus féroce que jamais, les bancs de l'école sont-ils le lieu le plus adapté pour parler des choses les plus intimes ? Décryptage.

La réponse est sans équivoque : « Oui ! » Pour Chantal Picod, enseignante et chargée de la mise en œuvre de l’éducation à la sexualité au ministère de l’Éducation natio- nale, de 1994 à 2014, « oui, elle doit faire partie du programme scolaire ; oui, c’est le bon endroit pour en parler ; et oui, les élèves sont réceptifs ». Pour elle, « une part spécifique revient à l’école, à savoir comment notre société encadre notre sexualité : lois, normes, représentations ». Un avis partagé par Hélène Romano, docteure en psychopathologie et auteure d’École, Sexe & Vidéo. « L’école est un lieu de vie, elle est très adaptée pour aborder ces questions et y répondre, même si elle ne doit pas être le seul lieu. Si les enfants vivaient en vase clos dans un cocon familial, les parents pourraient être les seuls référents sur la question. Mais à partir du moment où ils se socialisent aussi dans un milieu scolaire, des choses doivent y être transmises. Dans certaines familles, le poids culturel est très important ; dans d’autres, il peut exister de l’inceste. Si certains droits et interdits ne sont pas abordés par l’institution scolaire, à quel moment les élèves vont-ils avoir des repères ? »

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Il était une fois... l’histoire de la petite graine

L’éducation à la sexualité débarque dans les lycées français en 1973, grâce au ministre de l’Éducation nationale de Georges Pompidou, Joseph Fontanet. C’est le temps de l’après-révolution sexuelle de Mai 68, le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure... Enfin, pas tout à fait. Parce qu’en cette période de libération, l’objectif de l’ins- titution scolaire est surtout de calmer les ardeurs de la jeune génération et de retarder leur entrée dans la sexualité. La loi Neuwirth de 1967 autorise désormais la pilule. Il ne s’agirait pas de trop prendre son pied !

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De la leçon de choses à la prévention par les pairs

Militant de la lutte contre le sida, le Dr Kpote intervient dans les lycées et centres d’apprentissage d’Île-de-France comme “animateur de prévention”. Il rencontre des dizaines de jeunes avec lesquels il échange sur la sexualité et les conduites addictives. Il nous raconte comment a évolué sa pratique depuis une quinzaine d’années.

Il fut un temps où les «choses de la vie », enseignées en cours de bio, étaient le point d’orgue de l’année. On dépoussiérait alors les planches des appareils génitaux, dépossédés de toute fonction sexuelle et si abondamment légendés que, de loin, ils ressemblaient à des poupées vaudou. Dans une ambiance de bloc opératoire, nous gloussions en blouses blanches face à une prof dont nous rêvions d’embrasser l’anatomie sur une paillasse de chimie. Le fantasme était inversement propor- tionnel à la technicité du discours : la verge et la vulve se regardaient en chiens de faïence sur le tableau sans jamais se frôler, voire s’emboîter. On rêvassait devant une démonstration qui man- quait de vécu et de cul, attendant de se tripoter le soir venu. Franchement, on s’en branlait de la prostate et des trompes, des ovaires et de l’urètre.

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Publié le 30 Juin 2015

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