Les couleurs du féminisme Publié le 30 Juin 2015 par Audrey Lebel

Quelques comptes à régler

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Mesdames et mesdames : cet été, champagne ! nous allons fêter les 50 ans d’accès à un compte bancaire sans l’autorisation de notre époux bien aimé. C’est fou comme le temps passe lentement... non ?

Cinquante ans ! C’est peut-être votre âge ou celui de votre mère, tante, sœur, fille... Le 13 juillet 1965, la réforme des régimes matrimoniaux va changer la vie des femmes. Les femmes mariées vont pouvoir choisir d’exercer la profession de leur choix et/ou d’ouvrir un compte bancaire à leur propre nom sans l’autorisation de quiconque. Elles auront désormais aussi leur mot à dire pour vendre ou hypothéquer les biens du couple. Jusque-là, en vertu du Code napoléonien de 1804, les femmes étaient légalement considérées comme incapables. Au même titre que les malades mentaux et les enfants, elles n’avaient aucun droit juridique et passaient de la tutelle de leur père à celle de leur mari.

... La suite dans Causette #58.


“On était devenues des vraies mafieuses !”

C’est un temps que l’on a du mal à imaginer. Celui, si proche, où les épouses au foyer recevaient l’argent de leur mari et devaient gérer les dépenses de la famille. La pétulante Thérèse Clerc, 88 ans, figure emblématique du féminisme, se souvient et nous raconte. On ne s’ennuie pas !

« Je me suis mariée en 1948, à 21 ans. Vingt ans de bons et loyaux services... Mon mari me donnait des sous au début du mois, c’était tant, pas un sou de plus. Fallait voir, c’était raide ! Évidemment, je n’avais pas accès à son compte en banque et je ne savais pas combien il gagnait. Je me rappelle toujours qu’en septembre, après avoir équipé les quatre mômes pour la rentrée scolaire, je n’avais plus rien à partir du milieu du mois. Le reste du temps, c’était à partir du 20. Forcément, il me disait que j’étais une mauvaise gestion- naire, une mauvaise épouse. Il me faisait du chantage, me sortait billet par billet.

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“Les femmes ont gagné une relative autonomie économique”

Le fric, c’est chic. ça dépend pour qui en fait ? Femmes et argent : quel bilan ? On a posé la question à Laurence bachmann, sociologue à la Haute École de travail social de genève et de Lausanne, et auteure d’un ouvrage sur cet épineux sujet.

Causette : Quel rapport les femmes entretiennent-elles avec l’argent aujourd’hui ?

Laurence Bachmann : Puisque leur accès à l’argent est relativement récent, leurs pratiques et la manière dont elles vont l’investir sont complètement différentes de celles des hommes. L’accès à l’argent, c’est l’accès à l’autonomie. À travers des gestes ordinaires tels que séparer leur argent personnel de celui du ménage, les femmes ont besoin de marquer leur indépendance à l’égard de leur compagnon. C’est une façon de dire : « Tu ne me contrôleras pas, je peux te quitter quand je veux. » Ce n’est pas pour rien qu’à partir des années 1970, il y a une montée du taux de divorces, directement liée à l’entrée massive des mères sur le marché du travail. Lorsqu’elles ont obtenu leur autonomie financière, elles ont pu se retirer du couple. Et dans 80 % des cas, ce sont d’ail- leurs elles qui demandent le divorce, malgré la précarisation que représente cette décision. Les hommes n’ont jamais eu cette exclusion de l’argent. Ils ont un rapport beaucoup plus détendu avec lui : acquis, ils n’ont pas besoin de marquer ce territoire.

Pourquoi est-ce encore source de conflits dans le couple lorsqu’une femme gagne davantage que son compagnon ?

L. B. : Le couple est fortement marqué par ce qu’on appelle l’« ordre de genre ». Quand les femmes ont un salaire plus élevé que celui de leur mari, elles sont mal à l’aise, car elles subvertissent l’ordre de genre. Elles vont se censurer et dissimuler cette différence en dévalorisant leur fonction ou en expliquant qu’il s’agit de l’argent du ménage. Même celles qui militent pour l’égalité des sexes, inconsciemment, réagissent de cette façon comme pour anticiper les réactions négatives que les hommes pourraient avoir.

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Publié le 30 Juin 2015
Auteur : Audrey Lebel | Photo : illustration : Catherine Meurisse
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