Culture Publié le 24 Juin 2015 par Anna Cuxac

Plus petit cirque du monde : passage en dur 24/06/15

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Comment justifier, en ces temps de coupes dans les budgets culturels, de la construction d'un chapiteau de bois pour y abriter un cirque en banlieue ? Pour comprendre la très grande utilité du Plus petit cirque du monde à Bagneux, rendez-vous du 25 au 28 juin pour son inauguration.

L'édifice, qui abritera désormais l'école de cirque du Plus petit cirque du monde (PPCM), ressemble à un gros jouet, majestueux et coloré. Ici, enfants et adultes apprendront à jongler, à marcher sur un fil ou encore à faire du trapèze, pour s'amuser ou se former professionnellement. Érigé dans une rue de Bagneux (Hauts-de-Seine) étrangement partagée entre pavillons et barres d'immeubles, il sera inauguré en fanfare du 25 au 28 juin prochain. Ce chapiteau de cirque en dur, tout en bois, s'est construit comme un pied de nez aux coupes budgétaires qui frappent le monde de la culture et déciment le paysage culturel français. 3,5 millions d'euros ont été investis par l'ensemble des pourvoyeurs publics : mairie, agglomération, conseil départemental, région, ministère de la Culture. « Ce chapiteau aurait pu être un bloc de béton gris, simplement fonctionnel », sourit Nikolaus, au milieu du bruit des scies sauteuses.

Nikolaus, avec son casque de sécurité sur le chantier.

Esprit collaboratif
Le clown en chef du PPCM, allemand longiligne et déjanté, a été chargé de la direction artistique du chantier – une première au monde que ce poste ! – se félicite-t-on dans l'équipe. Concrètement, Nikolaus a supervisé la partie sociale du projet, fil conducteur de l'association née à Bagneux en 1992, en faisant participer au chantier les classes de l'école adjacente ou encore le club photo de la commune. Quand les travaux ont commencé, en avril 2014, l'enjeu était clair : réussir la transition entre vingt-trois ans de présence dans un gymnase de la ville et création d'un espace dédié.

Le terrain qu'occupe désormais l'association est au cœur du quartier des Tertres-Cuverons, encore labellisé Quartier prioritaire à la politique de la ville au début de l'année. Il jouxte le gymnase et une école. « Des jeunes qui y jouaient au foot s'étaient approprié le lieu », se souvient-on au PPCM. Un city-stade, partagé avec l'école, a été construit tout à côté à leur demande « pour ne pas que la construction du chapiteau soit perçue comme une punition », raconte Patrick Alexanian. Le conseiller municipal délégué à la Culture a vu grandir le PPCM, qui, il y a vingt ans, possédait « un petit camion qui se promenait dans les quartiers de Bagneux », à la manière des saltimbanques, pour présenter leur art.

Le miracle des arts
Pour Patrick Alexanian, l'intérêt premier de ce cirque-école est « certes, de donner à voir, mais surtout, de faire faire ». Pourtant, la cohabitation peut s'avérer fragile. Le 11 janvier, lors des manifestations monstres en hommage aux morts des attentats de Charlie Hebdo et de l'Hypercacher, ce coin de banlieue « à 3,5 km de Paris », soupire Nikolaus, fait partie de cette France où on ne se sent pas Charlie. L'équipe du PPCM a été aux premières loges de cette « tension incroyable » puisque le chantier, selon son choix, est resté un lieu ouvert, que tout un chacun peut traverser et visiter.
« Les jeunes se sont énervés et ont cassé quelques trucs du chantier. Rien d'extrêmement important. Loïc Julienne, l'architecte, nous a dit que si nous avions cherché à protéger le chantier, les dégâts auraient été bien plus conséquents. » Et puis, et puis... il y a le miracle des arts comme moyens de communiquer et rapprocher les gens. « Nous nous entraînions, cet après-midi-là, et le contraste avec ces gosses qui nous regardaient de travers était frappant. Soudain, l'un des artistes a fait un salto, et le petit groupe qui observait s'est tapé la poitrine en signe de respect. Pour nous, c'était énorme. »

La maquette de l'architecte LoÏc Julienne trône dans la baraque de chantier. 

Saut périlleux
Une légitimité gagnée grâce à des acrobaties à couper le souffle, mais aussi grâce à une inclusion territoriale intelligente. Ainsi, la baraque de chantier a servi de lieu de rencontre entre les ouvriers, les habitants et les associations du quartier, invités à prendre possession chaque vendredi des murs de bois le temps d'une soirée à thème – femmes, Caraïbes, contes, etc. Poursuivre cet ancrage dans le quartier, participer au galvaudé « vivre ensemble » sera l'objectif premier de l'école de cirque et de son clown, qui a conservé de sa culture allemande un goût certain pour la philosophie : « L'artiste est quelqu'un qui ne sert à rien dans une société en crise. On lui demande de justifier de son existence » et des fonds qu'on lui octroie. « Mais l'image clé d'un cirque, c'est le saut périlleux, aussi incertain que notre société. Alors, moi, je continuerai à faire l'éloge de l'inutilité, de l'inutilité comme véritable subversion moderne. »

Du 25 au 28 juin, le Plus petit cirque du monde fait son festival d'inauguration, avec une soirée d'ouverture jeudi 25 imaginée par Nikolaus et Gaëtan Levêque.
Durant les festivités, spectacles, exposition photo, musique et activités participatives sont au programme.

Toutes les infos sur : www.lepluspetitcirquedumonde.fr

 

Publié le 24 Juin 2015
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Club photo de Bagneux pour la 1ère / A.C. pour les autres
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