Charlie Hebdo Publié le 16 Juin 2015 par Propos recueillis par Liliane Roudière

Angélique : « Je n’ai pas envie de choisir mon clan, mon clan, c’est Charlie » 16/06/15

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Angélique est petite. Je crois qu'elle ne pèse pas lourd non plus. Elle porte des lunettes un peu teintées, et il est difficile de voir ses grands yeux verts. Vert d'eau. Elle a un mec, deux enfants, vient de la banlieue et y vit encore. Une vie normale mais pas banale, comme on aime à dire à Causette. Car cette jeune femme apparemment sans histoire est la responsable des abonnements à Charlie Hebdo depuis dix-neuf ans. Elle ne fait pas de bruit - sauf quand elle rit. Elle aime son travail, entretient avec « ses » abonnés - entre 10 000 et 15 000 - un lien rigoureux et affectueux. Toujours prête à répondre à leur demande. Un réabonnement, un changement d'adresse, un livre à faire dédicacer par les dessinateurs... Francine et Nathalie ont été à ses côtés, puis ce fut Simon. Ca, c'était avant les attentats. Dans sa vie d'avant, la matrice dans laquelle elle veut revenir.  

Aujourd’hui, l’équipe est décimée. Charlie Hebdo, le journal satirique dont tout le monde se fichait bien et qui était fauché, est devenu le centre du monde et la rédaction la plus riche de France. C’est une sorte de télé-réalité, mais sans caméras. Charlie est sous la focale d’un système médiatique qui devient fou. La moindre parole, le moindre geste, le moindre éclat de voix (et il y en a un paquet, comment en serait-il autrement ?) et c’est Breaking News, comme nous l’avons écrit dans notre rencontre avec Luz, dans le Causette de juin 1.

“Je ne veux pas qu’on parle en mon nom

Alors, Angélique, le temps d’un entretien sort de sa réserve. De sa voix douce, elle veut lancer un message qui porterait aussi loin que les « grandes gueules » habituées des médias. « Je ne suis ni journaliste ni dessinatrice, mais je suis là. » Elle veut témoigner : dire ce qu’est Charlie, parler de cette direction qu’on qualifie de « voleurs », et s’adresser aussi et surtout à ses 250 000 nouveaux abonnés qu’elle n’a bien sûr pas eu le temps d’apprivoiser. Beaucoup l’appellent, lui écrivent, se plaignent : ils ont lu les médias et se demandent si on les prend pour des cons. Et ça, ça lui crève le cœur. « Salir Charlie, c’est salir les morts et c’est salir les blessés ; c’est salir chaque membre de cette équipe », dit-elle. Des plus médiatisés à ceux qui restent dans l’ombre et n’en souffrent pas moins.

Avant de lui laisser la parole, il faut préciser que nous nous connaissons et entretenons une amitié de longue date 2. C’est pour cela qu’elle nous a choisis. L’entretien sera long, décousu, comportera de longues pauses, le temps de sécher les larmes et de retrouver la parole. Il sera ponctué de « Ce n’est que mon avis à moi, je ne parle au nom de personne, mais je ne veux pas qu’on parle en mon nom ». Il y aura aussi des éclats de rire, quand on évoquera la « vie d’avant » et le matin même de l’attentat. Avant l’arrivée des frères Kouachi.

Ce matin-là

« C’était le premier mercredi de janvier, et je me souviens que c’était très joyeux. Quand je suis arrivée, Luce était déjà là, comme souvent, et nous avons discuté jusqu’à l’arrivée des autres. Le premier c’était Wolinski, je lui ai demandé de dédicacer un livre pour un abonné. Comme toujours, il a pris le temps de le faire. Ce livre est encore sur mon bureau et je pense que quand ce monsieur va recevoir le livre, ce sera un moment très dur pour lui 3. Ensuite, Charb est arrivé. Comme à son habitude, il a réussi à surgir devant moi pour me faire peur. Puis, en riant, on s’est souhaité la bonne année. Ensuite, tout le monde est arrivé à peu près en même temps. Nicolino a pris mon visage dans ses mains, a malaxé mes joues et m’a dit : “Bonne année !” Honoré a fait le tour de tout le monde pour présenter ses vœux, lui aussi. Tignous m’a amené un petit café. » [Pause.] Ils me manquent, pourtant, je n’avais aucun lien intime avec eux.

[Elle reprend.] Mon bureau n’est pas dans la salle de rédaction, aussi, j’ai continué mon travail pendant qu’ils faisaient leur conférence. Quand elle est terminée, Coco me propose d’aller fumer une cigarette. Lorsqu’on arrive au rez-de-chaussée, on entend quelqu’un qui appelle : “Coco !” On se retourne et je vois deux hommes en noir. Je crie, j’ai peur, mais je pense que c’est la police. Alors, je crois que je leur ai souri. Mais l’un des deux attrape violemment Coco, l’autre me braque en disant : “Toi, tu bouges pas !” Et ils embarquent Coco. Là, je comprends que ce n’est pas la police. J’ai peur. Je sors de l’immeuble et tombe sur Luz qui arrive en retard, une galette à la main. Comme je sais que c’est son anniversaire, je lui dis : “Mais qu’est-ce que tu fous, Luz !” comme un dernier espoir que ce puisse être une blague de sa part. Il ne comprend rien et me répond : “Je ne sais pas, on me dit de ne pas monter.” Et là, je m’aperçois qu’il y a plein de gens aux fenêtres qui crient : “Ne montez pas ! Partez !”

 “Cinq minutes, et ils sont morts”

Les premiers coups de feu avaient eu lieu et Coco et moi, on n’avait rien entendu. L’agent d’entretien, Frédéric Boisseau, était déjà mort quand les gars nous avaient interpellées. C’est ce que j’apprendrai plus tard. Je suis passée devant sa loge et je n’ai rien vu. Alors, en entendant les gens, je deviens un robot. Je n’étais plus là. Je ne comprenais rien. Catherine arrive et on vient nous chercher de force pour nous mettre à l’abri dans une imprimerie à côté. Luz est resté dans la rue. Il a vu les frères Kouachi, puis il a voulu monter dans la rédaction, et il n’aurait pas dû, il a vu l’horreur. Moi, je regrette de ne pas être remontée. Je ne voulais pas voir l’horreur mais mes collègues. [Elle pleure et s’excuse.]

Ça fait très longtemps que je n’en ai pas parlé. Tu sais, j’ai été là dix-neuf ans, je ne suis jamais partie... J’ai toujours été là, et puis je me suis absentée CINQ minutes ! Cinq minutes, et ils sont morts ! [Elle reprend, s’applique dans ses souvenirs.] Ensuite, on nous a dit : “Il y a dix morts !” Mais qui ? Puis on nous a regroupés dans un théâtre, et là, c’était horrible. Les survivants, les familles étaient déjà là, on entendait des hurlements. Quand j’ai vu Coco, j’ai ressenti un soulagement incroyable, j’étais sûre qu’elle était morte. Je me suis excusée de l’avoir abandonnée ! On s’est serrées dans les bras. [Pause. Angélique allume une cigarette, souffle sa fumée et reprend.]

 “Je regarde le ciel et il n’y a rien”

Le lendemain, on s’est retrouvé chez Malka 4. On avait besoin de se toucher, de s’enlacer, alors que ce n’était pas trop le genre !  Et en même temps, je me disais que cette belle unité, j’aurais voulu la ressentir avant le 7, quand ils étaient encore vivants, j’aurais voulu la vivre avec eux. Ensuite, il y aura d’autres réunions, doit-on reprendre le travail ou pas ? En fait, la quasi-unanimité des gens présents le jour de l’attentat voulait du temps, d’autres avaient envie de reprendre le travail tout de suite. C’est ceux qui n’étaient pas là qui ont dit qu’il fallait reprendre, peut-être qu’ils avaient raison. Et là, je veux dire quelque chose : c’est que sans vouloir dire qu’ils ne souffrent pas non plus, ce n’était pas la même chose d’avoir assisté à tout ça ou pas. Certains levaient les yeux au ciel et s’adressaient à Charb : que voudrais-tu ? Ça, ça me met en colère, car je regarde le ciel et il n’y a rien ! Ils ne sont pas là ! Ils ont été assassinés lâchement, injustement, mais Dieu n’existe pas et ils ne nous regardent pas ! Arrêtons de les faire parler : on est obligé de faire sans eux. Il faut continuer de porter des projets avec des beaux messages, ça, c’est leur mémoire. On doit les sentir dans ce qu’on fait. Il faut pérenniser l’espoir que les gens, malgré le chagrin, ont eu le 11 janvier. Moi, mon travail, c’est de faire attention à eux, à mes abonnés, à nos lecteurs... C’était ça, ce que je faisais avant et que je veux faire, et aussi porter la mémoire des disparus... [Et, pour elle, la création du collectif rompt cette fragile reconstruction.]

 

Le bureau d'Angélique dans les locaux de Libération. En haut : les retours s'accumulent. Angélique est épaulée par une société de sous-traitement dans la gestion des quelques 250 000 abonnés, alors que son collègue Simon, gravement blessé le 7 janvier, n'est toujours pas sorti de l'hôpital.

“Ils ont été assassinés lâchement, injustement, mais Dieu n’existe pas
et ils ne nous regardent pas ! Arrêtons de les faire parler : on est obligé de faire sans eux”

 “L’argent rend cinglé”

Après le 7 janvier, j’ai pris une semaine d’arrêt maladie, et le collectif s’est monté pendant ce temps. Ils ne voulaient pas me déranger, alors, je n’en ai rien su et l’ai appris à mon retour pendant la réunion de rédaction. J’ai eu l’impression – peut-être je me trompe – qu’il fallait choisir un clan, et moi, je n’ai pas envie de choisir. Mon clan, c’est Charlie. Je l’ai dit. Il y a dans ce collectif des gens que je connais depuis très longtemps et en dehors du collectif aussi. Des deux côtés, il y a des gens que j’aime et en qui j’ai confiance. Ils voulaient ouvrir l’actionnariat aux salariés, pourquoi pas ? Mais si tôt ! Parler de ça ! Ça m’a choquée. De toute façon, l’argent rend cinglé. On parle de nouvelle direction (d’ailleurs, avant, ce mot n’était pas employé) : mais c’est la même qu’avant ! Charb étant mort, Riss a pris naturellement le poste de directeur ! Éric et lui, non plus, ne veulent pas garder l’argent ! Ils l’ont dit dès le début en interne ! Ça fait dix-neuf ans que je les connais. Ils étaient là avant moi. Ils se sont battus comme des chiens pour tenir le journal, et s’ils étaient des voleurs ils ne l’auraient pas fait ! Ils sont tout sauf des voleurs ! Au fond, presque tout le monde était déjà là : Tignous, Honoré, Cabu, Wolinski, Gérard, Honoré, Luce, Charb... Même Marika, qui partait pour de nouvelles aventures, mais vient de revenir avec nous ! [Elle se tait, reprend son calme.]

 “C’est eux, l’huile sur le feu”

Ce que je veux dire à tous, c’est laissez-nous du temps ! Nous ne sommes pas dans la même temporalité ! Pour nous, une semaine dure cinq mois, et tout le monde a un temps d’avance sur nous. Ce collectif est constitué de gens qui ont vu ou connu l’horreur, ils sont fragiles, et je ne crois pas que l’on puisse créer du bon et du pérenne avec cette fragilité. Tout a explosé. Notre travail n’est plus le même. Riss et Éric doivent apprendre à gérer autant d’argent et autant de médiatisation. Avant, les journaux ne parlaient pas de Charlie. Pendant la première affaire des caricatures, ils n’étaient pas là, ils ont couvert le procès l’année suivante. N’ont pris aucun risque. Ensuite, quand il y a eu l’incendie, ils ont titré : “Charlie met de l’huile sur le feu ?” Mais c’est eux, l’huile sur le feu. J’y vois une sorte de jalousie morbide. Sinon pourquoi s’acharner autant ? Pour faire du buzz et vendre sur le chagrin. Laissez-nous du temps, du silence, du recueillement, de la paix. Nous ne sommes que des êtres humains, nous ne sommes pas des symboles, nos vies ont été détruites et chacun a ses méthodes pour survivre et reprendre. Certains ont besoin de prendre la parole, d’autres préfèrent le silence. Certains préfèrent travailler, d’autres prendre du recul.

 “Laissez-nous du temps, du silence, du recueillement, de la paix. […] Nos vies ont été détruites et chacun a ses méthodes pour survivre et reprendre”

 “Je veux dire à l’équipe d’apprendre à se parler”

Certains aussi disent que leur vie commence à présent le 7 janvier. Moi, c’est le contraire : je veux retrouver ma vie d’avant. Recloisonner ma vie professionnelle et privée. Mon cocon familial a été en danger. Charlie l’a envahi et je ne parvenais plus à m’occuper de mes enfants, et ça, pour une maman, c’est terrible ! Aujourd’hui, mon poste de travail a complètement explosé : on est passé de 10 000 abonnés à 250 000 en quelques semaines. Personne, jamais dans la presse, n’a connu ça. Il a fallu faire face, on a externalisé. Mais malgré la qualité de travail de ces gens-là et d’une partie de l’équipe, on n’arrive pas encore à digérer tout ça. Certains abonnés de janvier n’ont toujours pas reçu un exemplaire ! Il a fallu s’équiper, apprendre un nouveau logiciel. J’ai eu seulement accès à la base informatique il y a à peine un mois, j’ai cru que je ne serai plus jamais utile ! Aujourd’hui, il y a beaucoup de retard, et je suis seule. Simon est toujours à l’hôpital, et en fait, mon travail “normal” ne peut se faire, car il y a toujours la médiatisation à l’excès. Je veux dire à l’équipe d’apprendre à se parler, de ne plus le faire dans les médias (je sais, c’est contradictoire avec ce que je fais là, mais je n’ai pas trouvé d’autre moyen pour avoir une chance d’être entendue, surtout par les lecteurs) : il y a à Charlie un gros défaut de communication et qui n’est pas nouveau !

 “À vif, comment être rationnels ?”

Ajouter à cela les attentats et imaginez : bien sûr qu’il y a des maladresses de tous côtés. Je le rappelle, nous sommes des êtres humains et pas des héros ni des symboles ! On ne veut pas l’être ! Nous sommes à vif, comment être rationnels ? Ce que je veux dire, c’est que je passe mon temps à répondre (et j’ai du retard) aux lecteurs qui se sentent floués, écœurés et qui reprennent ce que disent les médias. Alors, je leur écris, comme je vous parle, et je leur dis de ne pas tout croire. D’être patient. Et il faut que nos affaires se règlent entre nous. Je veux surtout remercier tous nos lecteurs, même ceux qui m’engueulent. Les remercier d’être là. Certains découvrent Charlie, n’aiment pas et se désabonnent, mais à ceux-là aussi je leur dis merci, merci de nous avoir soutenus. [Elle rigole.] Je précise aussi qu’il y a beaucoup de lecteurs qui ne connaissaient pas et apprécient ! [Angélique veut boucler la boucle, être en paix pour faire le deuil, ne veut pas être actionnaire.]

 “Je veux surtout remercier tous nos lecteurs : même ceux qui m’engueulent. […] Je leur dis merci, merci de nous avoir soutenus”

 “Porter un message de paix”

Je ne veux pas d’argent. Charlie m’a toujours bien payée. Ils ne me forcent pas à travailler, quand je vais mal, je peux partir plus tôt, ils m’ont toujours fait confiance. Je veux retrouver ma vie d’avant, subvenir aux besoins de ma famille, partir en vacances une fois par an, m’occuper de mes enfants et bien faire mon boulot, c’est-à-dire porter un message de paix. Il n’y a pas que la liberté d’expression dans cette histoire : des journalistes sont morts, mais aussi des policiers, des juifs, des musulmans... D’ailleurs, on a le projet d’une expo itinérante de dessins d’enfants : on en a reçu des tonnes et ils sont incroyables. Voilà ce qui me porte. [Elle n’a pas peur d’une agression.] Je ne sais pas pourquoi, j’ai plus peur de mon avenir que d’être agressée. Mais j’ai quand même dit aux enfants de ne pas dire que je travaillais à Charlie, je ne veux pas qu’ils soient exclus d’un groupe de potes à cause de ça. Et j’ai pris conscience du danger après la parution des premières caricatures, en 2006, puis après. C’est là que je leur ai dit.

 “Je devais m’en sortir pour eux”

Longtemps, je me suis sentie coupable d’aller mal alors que je n’étais même pas blessée. Et c’est mon compagnon qui m’a ramenée sur terre : “Ils ne nous ont rien fait les frères Kouachi ?! Mais as-tu vu ta tête ? As-tu vu que les rires avaient disparu de la maison ? Ils nous ont raflé notre bonheur et notre joie de vivre.” Là, j’ai compris que, oui, je devais m’en sortir pour eux, je ne m’étais pas rendu compte. [Silence. Et puis il y a encore un truc qui la taraude.] Tu sais, quand on a fait un appel aux dons, en novembre dernier, on a passé nos journées à se faire insulter et menacer au téléphone. Et même si j’ai l’habitude de me faire insulter – salope, va niquer ta mère, etc. [elle rit]–, il y a eu un appel dont je me souviens particulièrement. Une femme me hurlait dessus en me parlant du prophète, et j’entends sa fille derrière qui pleurait, et je lui dis : “Mais pourquoi tu perds ton temps à m’insulter au lieu de t’occuper de ta petite fille ?” Elle m’a répondu : “Tu vas voir comment je m’en occupe”, et elle lui lançait : “Dis-lui, dis-lui, qu’elle ira brûler en enfer.” Et je ne sais pas pourquoi, mais cet appel m’a glacée, peut-être parce que l’enfant était mêlée à ça. Je me suis dit : “Ces gens sont fous, capables de tout...” Et puis aussi, des fois, je les rembarrais et je n’arrête pas de me dire : “Ai-je eu les frères Kouachi au téléphone ? Les ai-je provoqués ?” Je n’aurais jamais la réponse. Mais si c’était ça, hein, ils auraient tué les femmes, non ? puisque je suis une femme… [Je ne sais pas Angélique. Je ne sais pas. Elle me parle d’Elsa qui est quand même morte. Angélique se fait des nœuds dans la tête.]

Je ne culpabilise pas de ne pas être morte, mais de ne pas avoir été avec eux. Je vais retourner rue Nicolas Appert quand ce sera possible. Cette clope, je vais la fumer, puis je l’écraserai et je remonterai dans la rédac. Comme avant. »

 

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1. Voir Causette #57, actuellement en kiosque.

2. Voir l’hommage à Charlie, Causette #53.

3. Actuellement, le local de Charlie est sous scellés et aucune affaire de quiconque n’a été récupérée.

4. Richard Malka est l’avocat de Charlie Hebdo depuis 1992.

 

Publié le 16 Juin 2015
Auteur : Propos recueillis par Liliane Roudière | Photo : DR
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