Publié le 08 Mars 2010 par Julie Estève et Agnès Vannouvong

Autant en portent les gitans

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Ils n'ont de sédentaire que le cœur, lové dans celui de l'autre. Elle s'appelle Délia et il y a de l'or dans sa voix. Ainsi que sur quelques-unes de ses dents. Foulard, regard profond, jupe longue multicolore et cheveux noir ébène. Son amour d'associé, c'est Alexandre. Écoutez-la chanter et vous sentirez votre âme se fissurer. Délia la Terrible, l'appelle-t-on. « C'est Alexandre qui m'a fait cette réputation, peut-être parce que je suis un peu rebelle, peut-être parce que je suis un peu folle. Il dit souvent : ‘‘ Retenir Délia ou le vent, c'est pareil ! '' Ou encore: ‘‘ Délia n'est pas jalouse, elle a juste un couteau dans chaque main. '' Mais c'est pour rire, bien sûr.J'ai l'impression que j'aime cet homme depuis cent ans... C'est Dieu qui nous a mis à côté l'un de l'autre, ça n'aurait jamais dû arriver. » Alexandre, arrière-petit-fils d'un montreur d'ours et fils du clan Bouglione, est un gitan au regard franc qui a le cirque dans le sang. Élevé au milieu des fauves et des trapézistes, il quitte très jeune le giron familial pour choisir les hasards de la rue. C'est sur un campement tzigane de Nanterre qu'il croise un jour le regard de Délia. Frappé au cœur, le gitan kidnappe l'insoumise. « J'étais dans ma voiture, j'ai baissé la vitre et je lui ai demandé ce qu'elle faisait. Elle m'a répondu en faisant rouler les r: "Je fais la misère sur le terrain." Elle est montée et on ne s'est plus jamais quitté. Ça fait dix-neuf ans. »

 

Ils ont aujourd'hui cinq enfants et une troupe: celle du pétillant, chaleureux et très familial Cirque Romanès, qu'ils ont créé ensemble. Avec leur orchestre tzigane, leurs jongleurs, équilibristes et autres acrobates, ils sillonnent les villes. Ils s'y posent sous un petit chapiteau de tissu rouge et or, au milieu des caravanes, et créent à chaque représentation un univers de poésie, d'humour et de joie. « Dieu, le ciel, la vie et l'amour », voilà ce que Délia et Alexandre trimbalent dans leur caravane. Et pourquoi votre cirque se nomme-t-il ainsi ? Parce que« Romanès, chez les tziganes, ça signifie langue des hommes. » Nous parlons la même langue.

 

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Publié le 08 Mars 2010
Auteur : Julie Estève et Agnès Vannouvong | Photo : Franck Juery
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