La cabine d'effeuillage Publié le 29 Mai 2015 par Propos recueillis par Sophia Aram

Retour à l’anormal Luz

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Quelques mois après les attentats, le beau consensus autour de Charlie Hebdo a fait pschitt. N’importe qui s’empare du sujet et le secoue violemment. C’est l’hystérie collective, suralimentée par des médias peu délicats. Au sein même de l’équipe souffle aussi la tempête. C’est le temps des malentendus, du deuil qui ne peut se faire comme ça, en quatre mois ! Quoi de surprenant, au fond ? On a envie de hurler : assez ! Assez de Charlie ! Laissez-les tranquilles ! Au milieu de cette bousculade insupportable, il y a un havre de paix inattendu : Catharsis. Luz raconte sa descente en enfer et les premiers pas d’une reconstruction fragile. L’ouvrage opère dans les deux sens, car s’il a libéré l’auteur, il console aussi le lecteur, malgré une atmosphère bouleversante. Vous en sortirez plein de larmes et d’amour… Nous avons confié à Sophia Aram, soeur de lutte, la tenue de l’entretien. Ce sont deux humanistes, opiniâtres, qui se battent pour le même projet avec le même matériau : faire bouger les lignes de la tolérance en utilisant l’humour. Tous deux savent ce que c’est que de recevoir des coups, de vivre avec des gardes du corps et de devoir sans cesse se justifier. L’une est en colère et ne mâche pas ses mots, l’autre dessine de nouveau et se dirige vers l’amour...

Pour Causette, l’humoriste Sophia Aram a rencontré le dessinateur Luz, qui publie Catharsis, un recueil de dessins, absolument nécessaire, sur sa vie après les tueries de janvier à Paris.

C’est un Luz amaigri mais chic qui m’accueille. Souriant, chaleureux. Notre étreinte est brève. Car l’émotion est déjà là. C’est la première fois que je le revois depuis les enterrements de l’équipe de Charlie Hebdo. Nos coeurs sont gonflés de chagrin. Le désastre a eu lieu le 7 janvier.

Le 7 janvier, en fin de matinée, une galette des rois à la main, Luz arrive, en retard, à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. C’est son anniversaire. À quelques mètres de l’immeuble, il voit deux hommes en noir danser et tirer des coups de kalachnikov.

C’est ainsi que débute l’album Catharsis. D’abord, ces petits bonshommes aux yeux exorbités, cloués au sol, comme sur la couverture. Pendant des jours,Luz ne dessinera que ça. Il est bloqué et ne peut s’exprimer, dire la terreur, le chagrin et la folie des derniers mois. Et l’amour. Cet amour qui le soulève, le surprend et le cheville à la vie. Petit à petit, il va reprendre son feutre et le maîtriser. Il raconte la nécessité impérieuse de Catharsis : « Il fallait circonscrire un périmètre de sécurité. J’étais au coeur d’un monde complètement dingue et je me sentais devenir aussi dingue que ce monde ! Obama parle de toi, y a ta tronche dans Voici, tu es reçu au ministère de la Culture… Tu serres la main de Manuel Valls ! C’est n’importe quoi ! Il y a d’un côté un journal satirique français et de l’autre ce mouvement mondial “Je suis Charlie”. D’un côté, un drame ; de l’autre, un enjeu géopolitique ! Et nous là‑dedans ? Les morts, les familles, les blessés, l’équipe ? »

... La suite dans Causette #57.

Publié le 29 Mai 2015
Auteur : Propos recueillis par Sophia Aram | Photo : Guia Besana pour Causette
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