Enquete Publié le 29 Mai 2015 par Delphine Bauer, Ariane Puccini et Ilioné Schultz / Youpress

Le contraceptif des indésirables ? Depo-Provera

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Injecté en intramusculaire, le Depo-Provera est un contraceptif redoutablement efficace. Il dure trois mois, est fiable à 99 %. Seulement, depuis plusieurs années, la liste de ses effets indésirables ne cesse de s’allonger. Pourtant, la France a soutenu sa prescription, Israël s’en est servi pour limiter les naissances dans la communauté éthiopienne, et 85 pays le prescrivent encore massivement. La plupart du temps, le produit a été injecté à des minorités, souvent sans leur consentement. Enquête sur un scandale sanitaire planétaire.

Le 10 décembre 2008, dans l’indifférence générale, la Haute Autorité de santé (HAS), organe de surveillance public et indépendant français, rend un « avis » favorable concernant le remboursement par la Sécurité sociale du Depo-Provera. Ce contraceptif de longue durée continuera donc d’être remboursé à 65 % là où beaucoup d’autres ne le sont pas, preuve que l’utilité de ce produit fabriqué aujourd’hui par Pfizer 1 n’est plus à démontrer ! Cependant, lorsque l’on regarde dans le détail l’avis en question, l’Autorité prend beaucoup de précautions avant de conseiller sa prescription. On peut y lire que le Depo-Provera est indiqué « lorsqu’il n’est pas possible d’utiliser d’autres méthodes contraceptives ». Plus loin, elle précise qu’il « n’est à considérer qu’en cas de difficultés d’observance ou dans des contextes socioculturels particuliers », une façon politiquement correcte de désigner « des femmes qui seraient dans une situation allant du handicap mental à une inadaptation sociale », comme l’explique Florence Gaudin, attachée de presse de la HAS. Tiens donc, ce contraceptif serait-il plus conseillé à certaines femmes selon qu’elles sont pauvres, riches, françaises ou étrangères ? Quant aux dernières lignes de l’avis, c’est franchement inquiétant : « L’utilisation du Depo-Provera n’est pas recommandée chez les adolescentes et chez les patientes présentant des facteurs à risque d’ostéoporose. » Quatre ans avant cet avis, le fabricant avait luimême commencé à mettre en garde les femmes en écrivant, noir sur blanc, sur la notice du produit : « Un usage prolongé du Depo-Provera pourrait entraîner une réduction significative de la masse osseuse. » Devant ces mises en garde, nous avons interrogé Pfizer, qui n’a pas souhaité répondre.

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Juives éthiopiennes bébés sous contrôle

En 2012, un documentaire télé fait l’effet d’une bombe en Israël : il dénonce l’emploi du Depo-Provera sur les Falachas, les Juives éthiopiennes candidates à l’immigration. Problème : elles n’ont reçu aucune information sur les effets secondaires, certaines pensaient même qu’il s’agissait d’un vaccin.

Rachel Mangoli est une battante, du genre qui ne lâche rien. Cette travailleuse sociale gère une association d’éducation populaire auprès d’enfants d’origine éthiopienne tout près de Tel-Aviv. Contre les injustices sociales, elle n’hésite pas à mettre le « gros bordel », comme elle le dit en français, avec son charmant accent israélien. Et « bordel » est un euphémisme comparé au scandale qui a éclaté en Israël en décembre 2012 à la sortie d’un documentaire de la journaliste Gal Gabbay sur la chaîne éducative israélienne. À son visionnage, les plus virulents se sont scandalisés et ont parlé de stérilisations forcées, d’eugénisme, voire de pratiques nazies. Si ces termes sont littéralement faux, d’autres faits graves, avérés eux, sont néanmoins là : les naissances d’enfants juifs éthiopiens en Israël ont été pendant des années, principalement entre 1996 et 2006, contrôlées. Rachel est l’une des premières à avoir eu des doutes. « En 2008, j’ai commencé à me rendre compte que si je refusais les dons de jouets pour bébé qu’on me faisait, c’était parce qu’il n’y avait pas de naissances dans la communauté. Un seul bébé sur les cinquante-sept familles éthiopiennes qui vivent alentour, et en cinq ans ! » s’exclame-t‑elle.

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Pays pauvres et “bonne conscience”

Le petit frère du Depo-Provera, le Sayana Press, investit les pays pauvres à coups de communication, d’opérations promotion, soutenu par la très honorable fondation Bill Gates.

Juillet 2014, Ouagadougou, au Burkina Faso : devant un parterre de femmes sagement assises, écoutant religieusement, le secrétaire général du ministère de la Santé burkinabé inaugure en personne le lancement du projet Sayana Press. Pendant deux ans, le nouveau contraceptif injectable de Pfizer va être promu et distribué dans cinq pays d’Afrique et d’Asie. Le Sayana Press a les mêmes principes actifs que le Depo-Provera. Ce qui change, c’est que la technique d’injection est améliorée et que son dosage est amoindri (104 mg, contre 150 mg pour la version initiale). Le Sayana règle-t‑il les problèmes soulevés par son grand-frère le Depo-Provera ?

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Publié le 29 Mai 2015
Auteur : Delphine Bauer, Ariane Puccini et Ilioné Schultz / Youpress | Photo : SSLP / Science Museum / Leemage
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