Litterature Publié le 27 Mai 2015 par Causette

Zoom sur La ville brûle, un duo d’éditeurs qui pète le feu 27/05/15

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Il est des éditeurs dont on apprécie tout particulièrement le travail chez Causette : c’est le cas de la maison d’édition indépendante La ville brûle, créée en 2009 et portée par deux passionnés : Marianne Zuzula et Raphaël Tomas. Leur engagement pour les droits des femmes et leur attachement à défendre l’égalité femmes-hommes font de La ville brûle un des chouchous de Causette. 

Chaque année, seulement huit ouvrages sont publiés chez eux, qu’il s’agisse d’essais, de documentaires, de littérature générale ou de littérature jeunesse. Nous avons déjà chroniqué On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe et On n’est pas des super-héros, deux albums jeunesse écrits par Delphine Beauvois et illustrés par Claire Cantais, le magnifique Souvenirs, de Marie Rameau (lire ci-dessous), et nous vous proposons aujourd’hui de découvrir Le Choix, de Désirée et Alain Frappier, leur premier roman graphique. Ces ouvrages sont en vente dans notre boutique parisienne rue de Charonne, venez nous rendre visite !

Chloé Marot

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Superflu vital

Dans les camps de concentration, certaines femmes ont tenu à conserver, coûte que coûte, le sens du « futile ». Avec les moyens du bord, elles ont fabriqué des bijoux, des babioles, que la photographe, Marie rameau, nous dévoile dans un livre émouvant.

Elles lui ont ouvert leur cœur en même temps que leurs boîtes aux trésors. À l’intérieur, de minuscules objets fabriqués en cachette dans les camps nazis. Les femmes que la photographe Marie Rameau a rencontrées ont toutes été déportées pour faits de résistance et souvent condamnées à des travaux forcés. Destination Ravensbrück pour la plupart, mais aussi Mauthausen, Auschwitz, Bergen-Belsen. Derrière les barbelés, dans l’environnement le plus rude et le plus hostile, privées des biens les plus essentiels, elles ont trouvé la force de réinventer le « superflu ». Tous ces petits riens qui ont la capacité de rendre leur humanité à celles à qui l’on a tout ôté – jusqu’à leurs cheveux, souvent tondus. Des boucles d’oreilles rouge vif (de la couleur du fil électrique) aux subtils arrondis, de fines ceintures, assemblage des rondelles de cuir for- mant le nez des masques à gaz, un soutien-gorge découpé dans une de ces robes rayées distribuées à l’arrivée, qui par chance était trop longue... Aussi rêvaient-elles « à ailleurs, à plus tard, à après ». À leurs petits laissés derrière elles, parfois : « La fausse fourrure des casques qu’elles fabriquaient pour les soldats du front de l’Est se transforma en peluches qu’elles rapporteraient à leurs enfants », dévoile l’auteur de Souvenirs, un livre à vous nouer la gorge. Magnifique hommage rendu à ces femmes pour beaucoup oubliées, ainsi qu’à Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, qui entreront symboliquement au Panthéon le 27 mai*. Leurs œuvres à toutes sont ici reproduites, aussi poignantes que sublimes, portant la trace du refus quotidien de se laisser anéantir. Sur un carnet en toile de jute, quelques mots brodés : « La vie est belle, belle toujours. » Résister, c’est créer. Jamais phrase n’aura pris un sens aussi fort.

*Les familles Tillion et de Gaulle-Anthonioz n’ont pas souhaité que les dépouilles des résistantes quittent leur sépulture. ce sont deux cercueils contenant de la terre prélevée sur leur tombe qui entreront au Panthéon.

Marion Rousset

Publié le 27 Mai 2015
Auteur : Causette
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