Squat Publié le 20 Mai 2015 par Anna Cuxac

Jeunes pousses cherchent tuteurs

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L’association parrains par’mille s’est donné pour mission d’établir dans toute la France des « parrainages de proximité » entre adultes et enfants isolés. Causette est allée à leur rencontre dans la toute récente antenne d’Angers.

Et les cours ? « Ça va, ça va », dit Alaixys 1 en regardant ses chaussures. Une réponse toute faite pour faire plaisir aux adultes, les rassurer, passer entre les mailles du filet de leurs inquiétudes. Rien à voir avec la chaleur qui s’empare soudain de la voix de ce garçon blond et mince quand on lui demande ce qu’il pense de ses marraine et parrain Christiane et Michel : « Avec eux, je m’extériorise et je souffle de mon quotidien. » Le couple de retraités et Alaixys se sont rencontrés via l’antenne angevine de l’association Parrains par’mille en juillet dernier, la veille des 16 ans d’Alaixys. C’est l’éducateur de l’adolescent qui a présenté l’idée d’un parrainage à sa mère, laquelle élève seule dans un HLM d’Angers Alaixys et sa petite sœur. Parrainer ? Pour l’association, il s’agit de créer un lien affectif entre un enfant et un ou des adulte(s) pour prévenir ou rompre un isolement social. Les rencontres se font selon les disponibilités et les envies des deux parties.

Pour Alaixys et ses parrains, c’est « quasiment une fois par semaine » désormais. La « fois préférée » du jeune homme, c’est sans doute celle où ils sont partis d’Angers, avec les petits-enfants de Christiane pour aller à la pêche à pied à la pointe du Bile, dans le Morbihan. À leur retour, ils ont cuisiné les palourdes et Alaixys en a rapporté à sa mère, tout comme les confitures de mirabelles confectionnées après avoir initié Alaixys à la cueillette. « Du fait de l’écart d’âge, il n’y a pas de concurrence avec la maman », remarque Michel. Lui et sa compagne ont entendu parler de Parrains par’mille dès que l’antenne d’Angers s’est créée il y a deux ans : Christiane connaissait la responsable locale, Sandrine Béchu, grâce au travail qu’elles effectuent toutes deux pour une autre association, Les Blouses roses 2. Dans leur maison décorée avec goût, à la périphérie d’Angers, le couple semble uni par une sorte de fibre humaniste qui impressionne. Michel donne depuis décembre des cours de lecture à une Soudanaise via France Terre d’asile.

L’engagement, ce n’est pas de tout repos. Menacé d’expulsion de son CAP menuiserie, Alaixys pose à Christiane et Michel des soucis aussi gros que l’affection qu’ils lui portent. Sur le perron de la maison, ils évoquent avec Sandrine Béchu, sourcils froncés, les rendez-vous pris avec la direction du lycée pour Alaixys : Michel s’est porté volontaire pour être le référent secondaire du gamin. Dans la voiture qui la conduit au domicile d’une autre marraine, Sandrine souffle : « Ils sont super, pas vrai ? » Élisabeth est tout aussi « super ». Elle s’occupe d’Éva 3, 2 ans et demi. Sa maman, Marie 3, est présente ce jour-là dans le salon chaleureux d’Élisabeth, où les nombreux jeux et jouets d’Éva ont pris leurs quartiers depuis décembre dernier. Mère célibataire en reprise d’études, Marie a sollicité l’aide de l’association « pour qu’Éva ait d’autres adultes qu’elle avec qui se construire et entende d’autres voix pour le jour où la communication sera difficile. Cela [lui] permet aussi de [se] dégager un petit peu de temps pour [elle] et de recharger les batteries ».

“Materner encore un peu”

Intimidée, la petite aux grands yeux clairs et à l’air insondable ne dira pas un mot et finira par s’endormir dans les bras de Marie. Mais, selon cette dernière, depuis quelque temps, elle réclame « Babette » et demande de lui téléphoner ou de lui rendre visite. Quinquagénaire travaillant sur les marchés, Élisabeth fait, elle aussi, partie du réseau des Blouses roses d’Angers. Son marrainage, c’est une occasion d’aider « et de materner encore un peu » alors que ses enfants sont déjà grands. Elle essaie d’instaurer dans l’affaire la régularité hebdomadaire du mardi, quand son mari vaque à d’autres occupations associatives. « On joue, on lit, on fait des balades. J’espère pouvoir voir grandir Éva », résume Élisabeth.

Pour instaurer ce lien durable, Sandrine Béchu, qui s’est lancée dans plusieurs associations en parallèle de son métier, veut prendre le temps de bien faire coïncider les souhaits des enfants, des parents et des futurs parrains. Un couple avec enfants l’a, par exemple, contactée pour se lancer dans le parrainage, et Sandrine leur cherche un enfant plus jeune que les leurs (9 et 12 ans) : tous les quatre ont considéré que c’était mieux pour l’intégration du filleul.

Pour le moment, seuls les deux parrainages d’Éva et Alaixys sont opérants dans la toute récente antenne d’Angers. Faute de recevoir suffisamment de candidatures de parrainage, la liste d’attente est longue pour les enfants, qui sont déjà une petite dizaine. Et le chiffre augmente rapidement car, ces derniers temps, c’est comme si les éducateurs des foyers du coin s’étaient passé le mot pour taper à la porte de Parrains par’mille. Pour les professionnels de l’enfance, l’association est l’occasion d’offrir aux gosses esseulés l’espoir d’un lien affectif que les éducateurs ne peuvent théoriquement pas se permettre, et, en sus, un lien « individualisé, alors que les enfants en foyer vivent constamment en collectivité ».

Pour servir l’intérêt d’enfants au parcours souvent difficile, Parrains par’mille a mis en place depuis sa création, en 1990 à Paris, une chaîne de contrôle qui sécurise toutes les parties : l’aspirant parrain doit fournir un extrait de casier judiciaire et rencontrer des psychologues cliniciens. « Pourquoi ce parrainage à ce moment-là ? Quelle place prend-il dans le parcours de vie ? Ce sont les questions sur lesquelles nous cherchons à faire travailler la personne, expliquent Gwenaëlle Lidec et Gaëlle de Hillerin, les deux psychologues bénévoles d’Angers. Il ne faudrait pas que l’enfant vienne combler un vide. » Et lorsque le parrainage est réussi, il peut faire naître des vocations. Les yeux d’Alaixys s’allument lorsqu’il déclare : « Si l’asso existe toujours quand je serai grand, moi, ça me plairait d’être parrain. »

Pour aller plus loin : rencontre avec Johanne, 20 ans et marrainée par Colette depuis 12 ans.

1. C’est le prénom d’emprunt qu’il s’est choisi, car il est fan du milieu de terrain de l’OM, Alaixys Romao.
2. Cette association intervient dans les hôpitaux pour proposer de la compagnie aux patients.
3. Le prénom a été modifié.

Publié le 20 Mai 2015
Auteur : Anna Cuxac | Photo : © Stéphanie Lacombe/Picturetank Pour Parrains Par’mille
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