Reportages Publié le 19 Mai 2015 par Olivia Dehez

Februniye, la petite maire des peuples

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Cent ans après les massacres perpétrés contre les chrétiens de turquie, Februniye Akyol est la première Syriaque (peuple araméen) maire d’une grande ville du pays. À Mardin, perle du Sud anatolien, la jeune femme de 26 ans, élue du Dbp, parti qui prône l’égalité des sexes, incarne le renouveau du dialogue intercommunautaire.

Dans un bâtiment grisâtre à l’odeur de tabac, les réunions font courir le staff de la mairie de Mardin d’une pièce à l’autre. La ville se trouve à moins de 20 km de la frontière syrienne, dans le sud-est de la Turquie. Ces jours-ci, malgré la guerre voisine qui bous- cule constamment son agenda, l’administration municipale, en grande partie constituée de femmes, inaugure une cellule de crise destinée aux victimes de violences conjugales et d’isolement psychologique, la première de la ville, dirigée depuis un an par le DBP (Parti démocratique des régions). « Quatre femmes par jour sont tuées chez elles en Turquie, énonce Mekiye Güzel, chef du département pour la parité, à la mairie. Ici, nous n’avons pas d’argent. Mais avoir des femmes aux postes de direction, et notamment à la tête de la mairie, c’est pour nous une grande partie de la solution. »

Porte-drapeau de la communauté

Une révolution discrète est inscrite dans le programme local du DBP, formation kurde qui compte près d’une trentaine de parlementaires à Ankara : chaque maire partage de fait le pouvoir avec un membre du sexe opposé. « J’étais étudiante en master de langues syriaques quand le parti m’a proposé de me présenter au côté d’Ahmet Türk. Je n’avais jamais fait de politique avant », raconte Februniye Akyol. L’échancrure de son chemisier dévoile une croix en argent : la co-maire aux grands yeux noirs est syriaque orthodoxe, membre de la communauté des chrétiens d’Orient. « Je suis croyante, mais je n’ai plus le temps de pratiquer à cause de nos réunions », explique-t-elle avec retenue, assise au centre d’un grand bureau meublé en blanc. Februniye, 26 ans, fille d’artisan, contemple le lieu avec le sentiment d’avoir « rejoint l’Histoire ». C’est la première fois qu’une Syriaque siège à la tête d’une grande métropole en Turquie, pays plus largement de confession musulmane. Autrefois forte de 200 000 individus, la population syriaque de Mardin fut décimée aux côtés des Arméniens dès 1915. Leur présence se réduit aujourd’hui à quelques dizaines de familles, dont Februniye est devenue aujourd’hui le porte-drapeau.

La mairie de Mardin surplombe la partie basse de la ville où déambulent chaque jour près de 90 000 habitants entre l’asphalte et le béton, paysage décrit avec horreur par l’élue et son équipe.

... La suite dans Causette #56.

Publié le 19 Mai 2015
Auteur : Olivia Dehez | Photo : Kerem Uzel / NARPHOTOS pour Causette
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