Enquete Publié le 29 Avril 2015 par Lorraine de Foucher et Justine Vassogne

Ton univers (im)pitoyable Université

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Insalubrité, insécurité, places limitées, cours via vidéoconférence, parfois sans lumière, et dans le froid : il manquerait aux facultés françaises 200 millions d’euros pour offrir aux étudiants des conditions d’enseignement décentes. Le grand fautif de cette joyeuse déconfiture : la loi autonomie. instaurée par le gouvernement Fillon en 2007, elle oblige les universités à prendre en charge le salaire de leur personnel administratif. Un personnel qui, d’une année sur l’autre, coûte mécaniquement de plus en plus cher, quand le budget, lui, n’augmente quasiment pas. résultat, pour éviter la faillite, les facs mettent au point des systèmes D à la limite de la légalité. Enquête sur les bancs de la décadence.


 

L’univer-salis

Des excréments maculant les portes et les éviers, des cuvettes brisées, des chasses d’eau qui fuient, des odeurs qui prennent à la gorge. « On s’échange les bons plans pour les toilettes », raconte Jason, étudiant en troisième année de droit à la fac de Paris-VIII (Seine-Saint-Denis). « Moi, je n’y suis pas allée depuis septembre, surenchérit sa voisine Alexandrine. C’est quand même un problème quand je passe toute la journée ici. » Jason enfonce le clou : « Imaginez une grande entreprise française de vingt mille personnes où il n’y aurait aucun sanitaire praticable. » 

Rébellion muselée

À Paris-VIII, uriner ou étudier, il faut choisir. Thomas Luquet porte-parole de l’association La Fabrique, a bien essayé de soulager les problèmes de ses camarades : « On a lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour que les étudiants publient des photos des dégradations de la fac. On a même voulu lancer une quête auprès des étudiants pour acheter de nouvelles cuvettes : à 10 euros l’occasion, on aurait pu y arriver », regrette ce presque trentenaire inscrit en troisième année de sciences politiques. En décembre, il est convoqué par trois membres de la direction de l’université, dont le directeur de cabinet de la présidente et le responsable des relations avec les associations. S’ensuit un entretien très « musclé ».

... La suite dans Causette #56.


Système D prime

Si, en 2015, le budget pour l’enseignement supérieur et la recherche a très légèrement progressé (+ 0,2 % par rapport à 2014, soit 23,05 milliards d’euros), il ne permet toujours pas aux universités d’absorber les nouveaux arrivants (+ 2,5 % sur l’année 2013- 2014), les obligeant à faire des économies de bouts de ficelle. Et à force de tirer sur la corde, elle finit par craquer.

Cours externalisés

Pour faire des économies sur les salaires de leurs enseignants, les facs rivalisent d’ingéniosité. Seul bémol, elles sacrifient parfois au passage la qualité, voire l’essence même de certains cours. À Nanterre (Hauts- de-Seine), depuis septembre 2014, certains cours sont directement transférés sur le serveur de la fac. Plus aucune présence en classe n’est assurée, les étudiants n’ont qu’à travailler les enseignements tout seuls. « Les trois premières années de licence sont touchées. Cela concerne en général un cours magistral de deux heures d’initiation à une grande matière comme la philosophie, la sociologie ou l’économie, et un TD d’une heure et demie par semaine. Ils économisent un prof par licence comme ça », observe Alice Bouviala, présidente de l’Unef Nanterre.

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Vinci pris la main dans la fac

Trop d’étudiants, pas assez de moyens, des locaux vétustes... Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de l’enseignement supérieur ? Pour résoudre tous ces problèmes, déjà flagrants à l’époque, Valérie Pécresse, ministre chargée du dossier, avait lancé un grand plan Campus en 2008 : la rénovation et l’extension de dizaines de facs, sous forme de PPP – pour partenariat public-privé, ce montage financier un peu compliqué où l’État loue à une grande société du bâtiment les locaux qu’elle construit en son nom. En clair, le privé prend en charge tout le processus : financement, conception, construction, puis maintenance et exploitation des édifices. Prisons, hôpitaux, routes et bien sûr facultés ont été construits sous cette forme. Pour le meilleur et pour le pire, comme à Paris-VII, où ce partenariat public-privé recouvre quatre des dix nouveaux bâtiments.

Aux commandes, côté privé, l’entreprise Vinci. Elle est en quelque sorte propriétaire des murs jusqu’à ce que l’université l’ait intégralement remboursée, ce qui prendra vingt-sept ans. En attendant, Paris-VII paie à Vinci un loyer d’un peu moins de 10 millions d’euros par an. Un partenariat cher payé lorsqu’on sait que les bâtiments n’ont pas été construits pour pouvoir accueillir tous les étudiants.

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Publié le 29 Avril 2015
Auteur : Lorraine de Foucher et Justine Vassogne | Photo : Léo-Paul Ridet/Hans Lucas pour Causette
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