Corps et Ame Publié le 29 Avril 2015 par Jane Sautière, Bahar makooI, Sarah Gandillot, Philippe Ridou

Nullipare... et alors !

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Jane Sautière, écrivaine, a publié, en 2008, un très beau roman autobiographique intitulé Nullipare (Éd. Verticales). Pour Causette, elle a écrit ce texte inédit.

 

Nullipare, une condition, un destin, un choix. Et un livre, aussi. Lorsque j’ai voulu en annoncer la parution à une amie, je lui ai dit que c’était un livre sur un mot. Elle s’en est étonnée, je lui ai répondu : « C’est un petit livre et un gros mot.» Il a été le tracteur de l’écriture, m’a poussé à en tracer toutes les occurrences. Et la première d’entre elles est bien sûr « nulle ». Quelle femme n’entendrait pas d’abord « nulle » ? Le violent « nulle », qui expulse si souvent les femmes de l’autre côté des normes. Il y a une fureur de l’enfermement des femmes par la norme pour la raison même qu’elles sont le creuset du vivant, j’en suis convaincue. Ce « nulle » était aussi pour moi la figure de l’enfant en soi lorsqu’il est absent. Il est toujours là, mon enfant non né, et j’ai appris à construire cette place occupée par ce qui n’a pas eu lieu. Elle s’est déployée autrement, elle a eu son rôle, sa force.

... La suite dans Causette #56.



C’est mon choix

4,3 % des Françaises font le choix de ne pas donner la vie. Une décision qui reste taboue et difficile à assumer. Celles qui ne veulent pas d’enfant sont encore et toujours obligées de se justifier.

« Tu es vraiment sûre ? Mais tu n’as pas peur de finir tes jours seule ? Tu changeras d’avis, tu verras ! » Combien de fois ont-elles entendu ces remarques, les nullipares ? Nullipare... Étrange mot d’ailleurs que celui utilisé par le corps médical pour désigner les femmes qui n’ont jamais accouché. Triste préfixe que ce « nul » qui renvoie au « rien », au « vide ». Le vocable lui-même condamne. Et sous-entend, d’office, qu’il leur manque quelque chose...

Assumer son non-désir d’enfant, encore aujourd’hui, reste compliqué. C’est louche, suspect. On y associe l’échec amoureux, le manque de stabilité, un traumatisme dans l’enfance... On cherche le « hic ». Le dysfonctionnement. Ce qui ne tourne pas rond... Car, malgré les avancées féministes, subsiste cette idée, bien résistante, qu’une femme n’est pas totalement accomplie tant qu’elle n’a pas fait l’expérience de la maternité. « Les femmes sont assignées au rôle de mère. La maternité, forcément épanouissante, est perçue comme l’accomplissement suprême, la réalisation ultime de la féminité », confirme Julie Muret, d’Osez le féminisme.

Les child free, un choix assumé

La psychologue Édith Vallée, elle-même nullipare, étudie le sujet depuis quarante ans. Elle préfère utiliser le terme anglo-saxon de child free (sans enfant par choix) pour qualifier ces femmes qui, comme elle, sont « attirées par des réalisations autres que celle d’avoir des enfants ». La psychologue distingue plusieurs profils, loin des clichés et des idées reçues qui voudraient que les nullipares ne soient qu’un ramassis de vieilles filles aigries.

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Lorsque l’enfant ne paraît pas

Certaines femmes sont nullipares parce qu’elles ne peuvent pas avoir d’enfant. Comment faire le deuil de la maternité quand on n’a pas d’autre choix ? Elles racontent.

« Sur un papier, j’ai noté toutes les raisons pour lesquelles je ne pouvais pas avoir d’enfant, les rêves que j’avais et ce à quoi je renonçais. J’ai placé cette feuille sous les racines d’un arbre que j’ai planté dans un parc de ma ville. C’est comme un rituel de passage, un moyen pour continuer à avancer. » Catherine- Emmanuelle a 38 ans, elle est québécoise. À 14 ans, le verdict tombe, sans appel : elle ne portera jamais d’enfant. Une aménorrhée inexpliquée et une ménopause précoce la rendent stérile. Pour Clotilde aussi cela a commencé à l’adolescence : des règles douloureuses qui se sont révélées, beaucoup plus tard – trop tard –, être un symptôme de l’endométriose. À 36 ans, elle a dû subir l’ablation des ovaires et de l’utérus, faisant définitivement d’elle « une femme sans enfant ».

Quand le couperet tombe, elles sont « comme en plein deuil », observe dans ses groupes de parole la psychopraticienne Géraldyne Prévot-Gigant. En deuil ? Oui, car ce sont bien la vie et la mort qui sont en jeu. La maternité, c’est le prolongement de soi, la question de sa propre finitude.

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Mère non porteuse

On peut être une maman sans avoir porté d’enfant ni accouché. C’est le cas lorsqu’on adopte ou que l’on a recours à la GPA.

Florence s’y connaît en ressources humaines, c’est son métier. Elle-même n’en manque pas. Cela l’a sans doute aidée à rebondir après l’annonce de son infertilité : « Ne pas pouvoir assouvir ce désir d’enfant a généré un grand vide. Le fait d’envisager l’adoption l’a rempli à nouveau. Petit à petit, j’ai accepté l’idée que je n’aurais pas de bébé dans mon ventre. Mais, chez moi, le désir d’enfant est plus fort que celui d’être enceinte. » De la ressource et beaucoup de patience ont été nécessaires pour que Florence accueille enfin, en 2011, sa petite fille alors âgée de deux mois et demi. Il faut neuf mois afin d’obtenir l’agrément pour adopter. Le temps d’une gestation... Et encore trois longues années pour Florence avant que le Conseil de famille des pupilles de l’État ne lui attribue un enfant. « La première rencontre a été un grand moment d’euphorie : j’étais très émue, remplie de bonheur. C’était quasi irréel. » Pour autant, il a fallu « un petit temps pour s’apprivoiser », reconnaît-elle. En fait, « c’est en voyant les jeux, le transat, le bavoir... Là, on réalise : ça y est, elle est là. Tout le parcours est derrière nous. Je n’ai plus de doute sur le fait d’être sa maman, raconte Florence. Les liens se créent au fur et à mesure du temps passé ensemble, des câlins échangés. C’est la routine qui permet de créer ce sentiment que “c’est pour de bon” ».

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Publié le 29 Avril 2015
Auteur : Jane Sautière, Bahar makooI, Sarah Gandillot, Philippe Ridou | Photo : Joohee Yoon pour Causette
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