Les couleurs du féminisme Publié le 29 Avril 2015 par Clarence Edgard-Rosa, Eric La Blanche, Célia Dulong-Lamarque

Sexisme bienveillant

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C’est un petit fourbe qui avance masqué, enrubanné de bonnes intentions. Dissection d’un ennemi déguisé en pote.

 

Il est bon, ce chocolat. Il flatte le palais. Ah ! y a un arrière-goût bizarre, là. Comme une amertume, difficile à identifier. Ah ! si : c’est le goût du sexisme bienveillant. Contrairement à la version franche du collier, ce sexisme-là est difficilement identifiable tant il est subtil. Disons-le même franchement : il part d’une bonne intention. Là où le sexisme hostile méprise ouvertement les femmes, le sexisme bienveillant entend les protéger, les valoriser… mais dans leur position de petite chose frêle et fragile. Un exemple ? Côté face, « Les femmes sont incapables de faire un créneau, c’est bien connu. » Côté pile, un inconnu vous sort : « Laissez-moi prendre le volant, j’imagine que ce n’est pas votre truc. »

« Le sexisme bienveillant est une attitude sexiste plus implicite, teintée de chevalerie, qui a une apparence anodine et qui semble même différencier favorablement les femmes en les décrivant comme chaleureuses et sociables », expliquent Marie Sarlet et Benoît Dardenne, du département psychologie sociale de l’université de Liège. Et, dans l’immédiat, les délicates petites fleurs que nous sommes bénéficient d’un avantage ma foi agréable : ne pas porter ce gros carton, être dorlotée, complimentée. « Néanmoins, en suggérant l’idée que les femmes sont fragiles et qu’elles ont besoin de la protection des hommes, le sexisme bienveillant suggère également qu’elles sont inférieures et moins capables qu’eux. »

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Des clichés et des sourires

C’est décevant. Triste, même. Mais les hommes les plus hostiles à l’égalité se révèlent être les plus gentils. Du moins au début.

Mettez un homme seul dans une pièce et donnez-lui une liste d’affirmations subtilement sexistes, du genre « Il en faut peu pour offenser une femme » ou « Une femme respectable devrait être placée sur un piédestal ». Demandez- lui de cocher celles avec lesquelles il est d’accord. Maintenant, faites entrer une femme dans la pièce et laissez-les faire connaissance. Répétez l’opération avec vingt-six autres sujets, remuez bien : voilà l’étude qu’a menée le psychologue Jin Goh, de l’université Northeastern, à Boston. Ses conclusions : les hommes les plus souriants, galants, agréables, chaleureux avec les femmes… sont ceux qui cumulent le plus de convictions sexistes sans le savoir. Et ceux qui respectent réellement les femmes, alors ? Ceux qui les considèrent comme leurs égales ? Eh bien, ils sont simplement… neutres. Quant aux machos assumés, ils sont imbuvables, mais on n’avait pas besoin de la science pour le savoir. Nous avons posé trois questions à l’auteur de cette étude (qui était plutôt neutre, avec nous).

Causette : Il est difficile de dénoncer le sexisme bienveillant sans entendre : « Super, donc maintenant, on ne peut plus tenir la porte à une femme ou la complimenter sur sa coiffure. » Avez-vous fait face à la même confusion quand votre étude a été rendue publique ?

Jin Goh : Nous étudions ce concept depuis 1996, mais il n’est pas encore compris de tous, y compris au département de psychologie. Nous avons reçu des lettres de haine, simplement parce que les gens n’ont pas lu notre étude ou ont lu des articles déformant son propos.

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Audrey Dana, féministe après tout

Pour réaliser "Sous les jupes des filles", son premier film en tant que réalisatrice, l’actrice Audrey Dana a auditionné des dizaines de femmes. Toutes avaient expérimenté le sexisme bienveillant, sans savoir le nommer.

Audrey Dana ne s’est pas toujours identifiée comme féministe. C’est même très récent. « Longtemps, je n’avais pas l’impression d’être personnellement face à des interdictions liées à mon genre. C’est en réalisant mon film que j’ai pris conscience des progrès qu’il reste à accomplir. » Les femmes qu’elle a auditionnées de longues heures durant pour écrire son scénario ont toutes eu affaire au sexisme enrubanné de bons sentiments. Quels que soient leur âge ou leur milieu. « C’est quelque chose que nous expérimentons toutes, mais on ne l’identifie pas forcément comme problématique », précise-t‑elle. « Ce sont souvent des mots positifs mais déplacés. L’autre jour, je portais une grande veste et un homme m’a arrêtée dans la rue pour me complimenter, avant de me demander de justifier ce choix. “Pourquoi cachez-vous votre corps ?” Je lui ai répondu que c’était pour éviter que mon apparence soit commentée par des cons. »

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Messieurs les féministes

Augustin Trapenard et Cédric Klapisch ont rejoint le mouvement HeForShe. Le sexisme bienveillant, le connaissent-ils ? Au quotidien, comment évitent-ils de le pratiquer ?

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Test : Sexisme bienveillant - Comment le repérer

Le sexisme bienveillant – dont vous ignoriez peut-être l’existence avant la lecture de ce dossier – mérite qu’on le combatte, oui, mais comment le reconnaître ? Voyons si vous avez l’oeil.

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Publié le 29 Avril 2015
Auteur : Clarence Edgard-Rosa, Eric La Blanche, Célia Dulong-Lamarque | Photo : Magoz / Anna Goodson pour Causette
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