Squat Publié le 28 Avril 2015 par Anna Cuxac

Johanne et Colette, amies intergénérationnelles 28/04/15

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Dans Causette #56, vous pouvez lire un reportage à Angers (Maine-et-Loire) sur l’association Parrains par’mille, qui met en relation des adultes cherchant à offrir de leur temps et de leur affection à des enfants qui pourraient en avoir besoin. Et que se passe-t-il quand l’enfant grandit et devient adulte? Nous complétons ce reportage avec le témoignage de Johanne, 20 ans,“marrainée” par Colette depuis douze ans.

Johanne a 20 ans et termine sa double licence en administration et échanges internationaux et en sciences politiques à l’université de Créteil. Souriante et enjouée, elle semble particulièrement bien dans ses pompes et, on s’y risque, épanouie. La jeune fille, qui envisage de passer les concours de la Fonction publique (mais ça lui paraît loin !), se plie avec plaisir à l’exercice du témoignage de son histoire avec Parrains par’mille, convaincue de la nécessité de faire connaître – en bien – l’association qui l’a mise en relation avec Colette.


Colette est arrivée dans la vie de Johanne au bon moment. L’enfant a alors 8 ans et, avec sa sœur de 7 ans, elles viennent de perdre une proche de la famille, qu’elles considéraient « comme leur grand-mère ». Sa mère apprend l’existence de Parrains par’mille grâce à un reportage télévisé et contacte l’association pour aider Johanne et Sandra à faire face au deuil. Le père des petites décède entre-temps. Quand Colette les rencontre pour la première fois, elle va récupérer à bras le corps leurs douleurs.

 

La rencontre

« La première rencontre s’est tenue dans notre salon, nous étions petites et ne savions pas exactement qui elle était, ma mère nous avait juste dit : “Quelqu’un va venir.” Et puis tout a été naturel, comme à chaque fois avec les amies de ma mère. Nous sommes allées à sa rencontre dans le salon pour faire nos intéressantes : on a sorti les albums photos de la famille, nous en avons plein. Comme Colette est très spontanée et ne se préoccupe pas des convenances, elle nous a tout de suite invitées à venir chez elle. Il faisait chaud, c’était l’été, Sandra et moi avons passé une bonne journée et avons naturellement eu envie de la revoir. »

 

Les débuts

« Il paraît que nous étions difficiles, ma sœur et moi, après ces évènements. Colette me raconte que je me murais dans un silence troublant, tandis que ma sœur, elle, passait son temps à crier. Colette dit aussi que j’avais un peu tendance à être jalouse de l’attention qu’elle pouvait témoigner à ma sœur, et je crois que c’est parce que j’avais à l’époque grand besoin d’être rassurée sur l’amour qu’on me portait. »

« Ma mère essayait de ne pas nous montrer son chagrin, et Colette a été là pour nous sortir de l’atmosphère de la maison. Et ce de façon beaucoup plus régulière que ce que nous aurions pensé. Tous les mardis soir, nous dormions chez elle, car il n’y avait pas école le lendemain. Puis, les week-ends se sont ajoutés aux mercredis et, par la suite, nous sommes parties en vacances toutes les trois. »


Ce que ça a changé

« Ma mère, contrairement à mon père qui aimait beaucoup la nature et la vadrouille, est assez casanière. Avec Colette, nous avons eu la possibilité de faire des sorties à la campagne puisque nous partions souvent dans sa résidence secondaire, que nous appelons “la cabane” [elles s’y rendent toujours, ndlr]. Une maison en pleine nature, sans eau ni électricité, dans laquelle nous faisons des travaux et prenons le temps d’aménager en chinant dans les brocantes. Notre grand truc, c’est inventer des poèmes à trois au coin du feu. »

« Comme beaucoup de marraines, Colette nous a accompagnées dans nos scolarités, nous a beaucoup aidées pour les devoirs. Elle est issue d’un milieu plutôt aisé et nous a transmis une certaine vision des bonnes manières, a enrichi nos cultures, particulièrement avec Sandra, parce qu’elles aiment toutes les deux tester de nouvelles choses, comme visiter un temple bouddhiste ou prendre des cours de philosophie. En un mot, elle nous a donné une autre vision du monde. »

 

La relation

« Colette a beau avoir à peu près l’âge de ma grand-mère, je ne la considère pas comme telle. Il y a certaines choses que je dis à Colette que je n’oserais dire à mes grands-mères. Je peux tout dire à Colette sur mes cours, mes amis, mon petit copain. D’ailleurs, elle n’a jamais eu une attitude de grand-mère avec moi. Aujourd’hui, je dirais que c’est une relation inclassable, probablement unique. Peut-être est-ce une amie ? Une amie d’une autre génération. »

 

Les rapports avec la maman…

« Ma mère et Colette ont leur propre relation d’amitié, qui s’est construite en dehors de nous. Hier encore, Colette a passé l’après-midi chez ma mère ! Pour elle, c’est aussi un moyen de partager notre éducation. Quand il se passe des choses dans nos vies, elle peut prendre conseil auprès de Colette pour savoir comment réagir. »

 

…avec le fils de Colette

« Le fils de Colette avait une trentaine d’années quand nous avons débarqué dans sa vie. Il n’y a pas très longtemps, il m’a expliqué que, sur le coup, il avait eu un peu peur en se demandant dans quoi sa mère se lançait là, parce que Colette a des lubies et est assez impulsive [sourire]. Mais il a toujours été très gentil avec nous et, surtout, il s’entend très bien avec mon petit frère. »

 

Ce que nous apportons à Colette

« Colette avait eu envie d’avoir un rapport d’adulte à enfant avec une fille, alors elle a trouvé ça super d’avoir deux sœurs à “marrainer” ! Ma mère étant sénégalaise, et Colette étant avides de s’imprégner d’autres cultures, elle a trouvé dans notre famille de quoi s’enrichir elle aussi ! Aujourd’hui, elle a trouvé une maison au Sénégal, et c’est un de mes oncles qui s’en occupe quand elle n’y est pas. Elle est réellement intégrée à notre famille. »

 

Des difficultés de parrainer

« Mon petit frère a eu une expérience ratée avec un couple quand il était enfant. Ils étaient assez jeunes, la trentaine, sans enfant. D’après l’analyse de ma marraine, ils ne s’étaient pas rendu compte de ce qu’était un enfant. Un enfant n’est pas forcément toujours souriant, toujours content, et quand il est content, ne sait pas forcément le montrer. Ils ont mis fin au parrainage en expliquant au bout d’un an à ma mère qu’ils trouvaient que mon frère ne s’amusait pas assez chez eux. Ce qu’ils n’ont jamais su, c’est que mon frère a été très déçu que cela s’arrête, de ne plus les voir. Heureusement, ma marraine s’est naturellement occupée de lui aussi après ça. »

« Ce qui compte, dans un parrainage, c’est de savoir d’une part que si ça ne marche pas, ce n’est pas grave. Et, d’autre part, que si la relation fonctionne, elle est faite pour durer. Si l’enfant s’est attaché, il ne faut pas l’abandonner. »

 

Publié le 28 Avril 2015
Auteur : Anna Cuxac | Photo : photos familiales. 1) Johanne et Colette à Noël dernier 2) Johanne, Colette et la petite soeur Sandra au début de leur histoire
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