Litterature Publié le 24 Avril 2015 par Anna Cuxac

Aux innocents les mains pleines 24/04/15

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« Suffit-il de n'être jamais injuste pour être toujours innocent ? » questionne Jean-Jacques Rousseau, aux prises avec ses Rêveries *. Dans L'Innocence des bourreaux, point d'injustes, mais des gens dont l'innocence se disloque à mesure que le danger les cerne. Une supérette anodine – le livre a été écrit bien avant les événements du 7 janvier – soudain braquée par un paumé en manque de liquidités pour sa dope, et voilà le flot des vies tranquilles des clients et du caissier interrompu. Et vous, que feriez-vous pour sauver votre peau ?
C'est la question que pose la Belge Barbara Abel dans ce polar choral, où les sacro-saintes notions de bien et de mal varient au gré des personnes qui y prennent la parole. Les points de vue multiples et autant de vécus – le caissier qui attend les résultats du test de grossesse de son aventure d'un soir, l'accompagnatrice d'une vieille bique qui doit souffrir en silence sa méchanceté outrancière, le trentenaire qui vient pour la première fois de tromper sa femme avec l'hôtesse d'accueil du bureau, etc. – brouillent notre vision et empêchent de nous positionner. Quel parti prendre, celui du braqueur malade contre qui le sort se retourne ou celui de la mère poussée dans ses retranchements pour sauver le futur de son ado de fils ? Barbara Abel signe là un huis clos efficace qui se dévore et où la fatalité ouvre la boîte de Pandore de nos identités. Car nous ne serions sans doute pas tous des héros face à la peur.

 

* Les Rêveries du promeneur solitaire, publiées en 1782.

 

L'Innocence des bourreaux, de Barbara Abel. Éd. Belfond, 329 pages. Sortie le 15 mai.

 

Publié le 24 Avril 2015
Auteur : Anna Cuxac
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