cinema Publié le 15 Avril 2015 par Isabelle Motrot

Grossesses de cinéma : Une fabrique de monstres 15/04/15

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Sur les écrans, le ventre a la grosse tête ! C’est en effet l’une des parties du corps sur lesquelles les scénaristes se sont le plus excités , si l’on excepte, bien sûr, les films pornos , dont les organes humains favoris sont aussi frénétiquement utilisés pour écrire les scénarios …

Si, au cinéma, le ventre est souvent au centre des récits, c’est surtout en sa qualité de matrice. Nombreux sont les films « sociétaux » qui mettent la grossesse à l’honneur pour aborder des thèmes divers. Récemment, ont été évoqués l’avortement avec 4 Mois, 3 semaines, 2 jours, la grossesse chez les ados dans Juno ou 17 Filles et le déni dans 9 Mois ferme. Ont également fleuri une kyrielle de comédies autour des péripéties de la grossesse, de Bébé à bord à En cloque mais pas trop, filon sans fin de gags crétins et indigestes qu’on ne saurait t rop déconseiller aux femmes enceintes.

Mais le domaine le plus… fécond, pour la verve créatrice des cinéastes, allant parfois jusqu’à l’exubérance la plus ahurissante, c’est le film d’horreur. Alors là, la matrice est malaxée dans tous les sens, y compris les plus métaphysiques. C’est fou ce qui sort du ventre des femmes dans la tête des hommes (car en général, les scénaristes sont des mâles) ! On ne peut pas, ici, faire la liste de tous les corps étrangers à la civilisation – répugnantes créatures et autres monstres maléfiques – que les entrailles féminines cachent en leurs (fourbes) replis sur les écrans. Le ventre de la femme est le vecteur par lequel l’horreur vient au monde, c’est la porte qui s’ouvre au mal.

La production pléthorique du genre va du plus kitsch au plus sanglant, et on ne peut tout citer. Gardons trois références : Alien, bien sûr, série où la femme (et un homme, incidemment) est la mère porteuse du mal, mais aussi son vainqueur. Plus loin dans le temps, on trouvera Le Village des damnés, dans lequel toutes les habitantes en âge de procréer sont inséminées en même temps et mettent au monde de beaux enfants terrifiants.

Quant à la référence absolue, le film qu’on n’oublie jamais et dont la force maléfique s’exerça au-delà de la fiction, c’est sans conteste Rosemary’s Baby, de Roman Polanski, sorti en 1968. Mia Farrow y interprète une jeune femme dont la grossesse est récupérée par une secte d’adorateurs de Satan qui souhaitent faire d’elle la mère de l’Antéchrist. Le film, un chef-d’oeuvre, lance la mode des thrillers sataniques. L’année suivante, Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois, sera assassinée par des membres de la secte christique de Charles Manson.

En résumé, si vous êtes enceinte, prenez plutôt un bon bouquin. Encore que…

Publié le 15 Avril 2015
Auteur : Isabelle Motrot | Photo : 17 Filles, de Delphine et Muriel Coulin
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