La cabine d'effeuillage Publié le 24 Mars 2015 par Pauline Marceillac

Prêteur sans gages Adrien Aumont

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À bientôt 31 ans, Adrien Aumont a déjà vécu dix vies quand certains hésitent encore à quitter le nid. C’est comme ça, on n’est (naît) pas tous égaux. C’est certainement ce que le cofondateur de KissKissBankBank devait se dire quand on lui renvoyait inlassablement à la figure qu’il était un cancre. Au point de décider d’arrêter l’école, après avoir triplé sa quatrième.

« Allez, tchao la compagnie ! » Ce sont les mots prononcés par Adrien, 14 ans, un matin d’avril 1999. Celui qui cofondera onze ans plus tard la première plateforme de crowdfunding (financement collaboratif) française, KissKissBankBank (KKBB), décide de tirer sa révérence à l’Éducation nationale, car il ne comprend pas « ce cadre enfermant qu’est l’école ». Il se délivre « des chaînes de la quotidienneté », comme aurait dit Deleuze. « Je n’y apprenais rien. J’étais nul », résume le désormais trentenaire.

Mais, quand on grandit dans le VIIe arrondissement de Paris, où l’on est supposé faire de hautes études, se marier au premier CDI signé et engendrer sa descendance dans la foulée, ça fait mauvais genre. Alors, forcément, Adrien Aumont dénote. Et s’il baigne dans un environnement qui façonne ce rebelle aux bonnes manières – « Je suis très bien élevé, mais très malpoli » –, sa mère, Roseline, l’élève toute seule et, pour le coup, elle n’a pas un radis. « Oui, j’étais dans des écoles privées [qu’il a écumées jusqu’à arrêter le désastre, dixit sa mère, ndlr], mais c’est une amie de ma mère qui payait. » Cette dernière, justement, se rappelle : « Il m’a donné du souci. Certains profs me disaient qu’il n’était pas normal, qu’il fallait le mettre dans une école spécialisée. Franchement, c’est con : en France, quand on n’est pas scolaire, on est la lie et il n’y a pas d’alternative ! » Afin, toutefois, de rester en règle avec la loi, Roseline l’inscrit à des cours par correspondance : « Dès qu’ils arrivaient, il les mettait à la poubelle. »


... La suite dans Causette #55.

Publié le 24 Mars 2015
Auteur : Pauline Marceillac | Photo : Paul Arnaud pour Causette
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