Corps et Ame Publié le 24 Mars 2015 par Clarence Edgard-Rosa, Audrey Lebel, Déborah Coeffier, Juliette Plagnet, Sarah Bosquet, Isabelle Motrot

Les pulsions, mauvais genre ?

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Il paraît que les femmes ont des pulsions d’achat, de Nutella à la cuillère à soupe, de romantisme… pour la survie de l’espèce. Quant aux hommes, leurs pulsions s’agiteraient dans leur slip ou les pousseraient à la colère. Le premier à avoir décortiqué nos pulsions, c’est Freud. Entre nos instincts de vie et de mort, ces forces incontrôlables nous pousseraient à l’insu de notre plein gré vers l’action. À l’état sauvage, on se laisserait guider, mais en bon être civilisé, on apprend à les contrôler. « La conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions », disait le fondateur de la psychanalyse. Nos pulsions sont peut-être ce qui nous reste de plus animal. Et quand on réveille les animaux qui sommeillent en nous, ce sont toutes les théories essentialistes qu’on rallume du même coup. N’oublions pas que Freud, qui a écrit les bases de notre réflexion contemporaine sur les pulsions, expliquait « l’imbécilité physiologique des femmes » par le « refoulement sexuel. Comme on leur interdit de penser à ce qu’il y a de plus valable pour elles, l’activité de la pensée en général n’a plus de valeur du tout. »* On sent monter en nous une pulsion, là… Il faut qu’on fasse place nette dans tous ces clichés, c’est irrépressible !

 

*Propos rapportés par Otto Rank, secrétaire de la Société psychanalytique de Vienne, dans la séance du 3 mai 1911. Les Premiers Psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, tome III – 1910-1911. Éd. Gallimard.

 


 

Les poncifs du calcif

 

Monsieur aurait une sexualité de prédateur, Madame ferait l’autruche. Dissection de la plus grosse idée reçue sur les pulsions.

 

Les hommes ne penseraient qu’à ça quand les femmes, elles, ne seraient que passives. « Il est clair que notre société valorise chez les hommes une sexualité pulsionnelle, tandis qu’elle sanctionne le même comportement chez les femmes », soupire Sophie Morin, sexologue québécoise. « L’éducation donnée aux femmes en termes de sexualité ne les autorise pas toujours à écouter leurs pulsions et à s’autoriser la recherche du plaisir. Certaines éprouvent ainsi beaucoup de culpabilité face à leur désir. » Mais cela se vérifie-t-il dans le réel ? « Pas du tout », affirme Élisa Brune, journaliste scientifique, auteure notamment de La Révolution du plaisir féminin. « La première chose que l’on peut observer quand on étudie les comportements sexuels, c’est que les différences sont beaucoup plus importantes au sein du groupe des femmes et au sein du groupe des hommes, qu’entre les hommes et les femmes. Les pulsions n’appartiennent aucunement à un groupe plutôt qu’à l’autre. » Pourtant, les théories scientifiques associant testostérone et pulsion sexuelle sont assez nombreuses pour éveiller le doute. « Les hormones sont en effet l’un des éléments de l’équation, mais c’est loin d’être le seul ! On sait, par exemple, que traiter l’hyposexualité des femmes avec de la testostérone donne des résultats extrêmement variables d’un sujet à l’autre », note Élisa Brune.

Pour l’essayiste, l’image du sexe dans notre culture y est pour beaucoup. « Le sexe masculin est représenté comme acteur, ce qui place l’homme comme détenteur de la pulsion. » S’ajoute à cela un blackout sur la sexualité féminine…

 

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C’est pas moi, c’est mon utérus !

 

Au cours de l’Histoire, la médecine s’est montrée très créative pour calmer les ardeurs de ces dames.

 

La société actuelle réserve les pulsions sexuelles aux mâles. Les femmes ? Cherchez pas, elles n’en ont pas et n’en ont jamais eu ! Sauf qu’il n’en a pas toujours été ainsi. La tendance a même été d’affirmer que c’était les femmes qui avaient des pulsions à assouvir.

 

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Victime de l’amour

 

Notre programmation génétique nous aurait dotées de pulsions sentimentales, histoire qu’on se case avec un mâle pour la survie de l'espèce.

 

Un savant cocktail de neurones et d’hormones ferait de nous, femelles, des êtres sentimentaux. C’est la théorie de l’anthropologue Helen Fisher, de l’université Rutgers (New Jersey). Acte 1 : on focaliserait notre attention sur un partenaire mâle privilégié pour engendrer des petits. Acte 2 : on s’attacherait au type pour remplir les besoins familiaux. Elle explique ainsi que les hommes sont d’abord intéressés par le sexe, les femmes par les sentiments… En France, la grande prêtresse de la biologie amoureuse, Lucy Vincent, a publié une myriade de livres sur le sentiment amoureux comme programme génétique, basé principalement sur les effets de l’ocytocine, une hormone favorisant l’attachement chez le campagnol (un mignon rongeur). Du coup, cet amour qu’on a cru ressentir l’été 2008, c’était peut-être un coup de l’ocytocine (l’enflure !). Malheureusement, elle n’a pas voulu répondre à nos questions. En désespoir de cause, on a lancé un SOS à Catherine Vidal, neurobiologiste, pour comprendre les mécanismes tordus de notre cervelle femelle.

 

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Freud à la récré

 

C’est bien connu, les filles, ça coiffe des poupées et les garçons , ça se bagarre. Tout ça parce qu’au départ l’un se bat cont re son OEdi pe et l’autre a trop hâte d’être maman. Enfin , c’est ce qu’on dit …

 

« Le garçon a des pulsions actives, la fille des pulsions passives » ; « l’origine sexuée de tous nos désirs fait qu’il y a une dominante chez le garçon, le désir de risque » ; « la fille a un désir attractif, le garçon un désir éjectif », explique Françoise Dolto, grande penseuse de l’enfance dans les années 1980. Dans Les Étapes majeures de l’enfance, recueil post-mortem de textes paru en 1994, la pensée de la psychanalyste apparaît très claire : « Le désir de l’enfant est entièrement au masculin ou au féminin, depuis la vie intrautérine. » Ainsi, les petits garçons et les petites filles sont naturellement différents, et ont donc des pulsions différentes.

« Françoise Dolto a fait un apport très important, mais elle était dans son temps, explique Derek Humphreys, psychanalyste et maître de conférences, qui fait partie de la Société de psychanalyse freudienne. Elle a écrit L’Évangile au risque de la psychanalyse… Une femme très catholique. Il y a des choses qu’on ne questionnait pas à l’époque. C’est seulement depuis une vingtaine d’années qu’on commence à regarder autrement la question sexuelle. Et encore aujourd’hui, vous allez trouver beaucoup d’analystes très normatifs, des gardiens de la civilisation et de l’interdiction. » Pour le psychanalyste, si l’on revient à la base de la pensée freudienne, la pulsion c’est la recherche du plaisir « de la bouche, du nez, de la peau… »

 

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J’achète donc je suis

 

Après les Anglo-Saxons , les psys français s’intéressent à ce qui est considéré comme une pulsion typiquement féminine... Sans encore en questionner les déterminants sociaux.

 

« Dès que ça me plaît, j’achète sans regarder le prix. Je peux dépenser mon loyer d’un coup. J’ai une cinquantaine de paires de chaussures à talons et je n’en ai toujours pas utilisé la moitié. » Au Canada ou aux États-Unis, Cheyma serait considérée immédiatement comme une « acheteuse compulsive » : une pathologie qui toucherait près de 6 % de la population américaine, d’après une étude publiée par le National Center for Biotechnology Information. Sans qu’il y ait encore un consensus scientifique sur le sujet, la « surconsommation » est de plus en plus considérée comme une addiction comportementale comparable à la dépendance aux jeux vidéo ou au sport. Une pulsion typiquement féminine pour les psychiatres français qui s’intéressent à la question. « C’est ce qu’on constate dans nos études cliniques », note le Pr Michel Lejoyeux, chef du service psychiatrie et addictologie à l’hôpital Bichat. « En consultation, les personnes diagnostiquées sont surtout des femmes ; de la même manière que les alcooliques ou les accros au jeu sont plutôt des hommes. On n’explique pas ce phénomène, pas plus qu’on en connaît précisément les causes. »

 

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La passion selon Aloïse

 

L’art brut est souvent l’œuvre de personnes internées, de malades mentaux, de marginaux. La création est , pour eux, une pulsion , un jaillissement entre magie et thérapie. Aloïse Corbaz est l’une des figures les plus époustouflantes de cet art pulsionnel.

 

Aloïse Corbaz naît en 1886, en Suisse. Placée dans une école professionnelle de couture à Lausanne, la jeune fille éprouve une véritable passion pour un prêtre défroqué que sa famille lui interdit de fréquenter. La séparation est violente, Aloïse ne s’en remettra jamais. Envoyée en Allemagne, elle devient gouvernante chez le chapelain de Guillaume II. Hypnotisée par la cour et ses rituels, Aloïse tombe amoureuse de l’empereur – un amour impossible et rêvé. Elle commence à manifester des troubles schizophrènes, on l’interne en 1918. Pendant dix ans, elle se ferme au monde extérieur. Puis on lui confie la tâche de repasser les vêtements des patients.

 

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Publié le 24 Mars 2015
Auteur : Clarence Edgard-Rosa, Audrey Lebel, Déborah Coeffier, Juliette Plagnet, Sarah Bosquet, Isabelle Motrot | Photo : Bal tango – Hôtel Rosière, d’Aloïse Corbaz, cinquième période, 1960-1963.
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