Dr Kpote Publié le 24 Mars 2015 par Dr Kpote

Bédo ou benzo, pas d’âge pour être accro

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Après une heure d’embouteillages matinaux et un bon quart d’heure à me geler le poireau à l’accueil du lycée, personne n’est venu me chercher. L’infirmière, absente, n’avait laissé aucune consigne. J’ai eu comme une envie de repartir, de me téléporter au fond de mon lit. Heureusement, un jeune surveillant s’est sacrifié en délaissant la douce chaleur de la Vie scolaire pour arpenter les couloirs à la recherche d’un groupe d’élèves susceptibles de rentabiliser mon déplacement.

Ce lycée professionnel des Hauts-de- Seine était d’une tristesse à filer le bourdon aux cafards. Il y avait peu d’élèves dans les murs, et l’établissement devait flirter avec les pires taux de décrochage franciliens. Dans la salle de permanence, un groupe tchatchait fort, assis sur les tables. J’ai eu du mal à distinguer les élèves des surveillants, tant les âges et la nature des vannes étaient proches.

Les profs passaient devant moi sans s’arrêter. Ça sentait l’envie de fin de journée avant même qu’elle ait commencé. Dès la première classe, j’ai eu un avantgoût de l’ambiance locale. Ils étaient cinq sur vingt-deux à résister à l’envie de buissonner. Je leur ai expliqué les raisons de ma présence et le thème de mon intervention : les conduites addictives. Ils ont soufflé bruyamment, car ils venaient de se cogner les cognes un mois auparavant, qui leur avaient fait la complète-jambon de la répression. Du coup, au lieu de faire de la réduction des risques, j’ai fait de la réduction d’animation, en tenant avec bravoure une heure de soliloque face à des corps en état de mort cérébrale.

 

... La suite dans Causette #55.

Publié le 24 Mars 2015
Auteur : Dr Kpote
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