Enquete Publié le 24 Mars 2015 par Héloïse Rambert envoyée spéciale en Oklahoma

Le cocktail de la mort lente Injection létale aux États-Unis

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Quarante-trois minutes d’agonie. La sensation de brûler de l’intérieur. Voilà le sort réservé aux condamnés à mort qui, aux États-Unis, sont exécutés par injection létale dont l’un des composants est le midazolam. Nous avons rencontré le responsable de ce fiasco et recueilli le témoignage de celui qui sera peut-être sa prochaine victime, Richard Glossip.

En France, l’information est quasiment passée inaperçue. Aux États-Unis, elle a tourné en boucle dans les médias, pendant des mois, ouvrant une brèche dans le débat sur la peine capitale : un condamné à mort, Clayton Lockett, a mis quarante-trois minutes à mourir !

Que s’est-il passé ce 29 avril 2014, dans la prison de McAlester, en Oklahoma ? Graham Lee Brewer, journaliste à The Oklahoman, qui a assisté à l’exécution, raconte : « L’équipe a eu un mal fou à trouver une veine pour poser la voie intraveineuse. Ils ont essayé le pied, la jambe, puis la poitrine et le cou… Finalement, ils ont dû se résoudre à utiliser la méthode dite du “cut-down”, c’est-à-dire inciser sur plus de 5 centimètres au niveau de l’aine pour poser la perfusion directement dans l’artère fémorale. » Comme le condamné ne souhaite pas prononcer de dernières paroles, l’administration des produits mortels commence à 18 h 23 : « Dix minutes après le début de l’exécution, le médecin l’a déclaré inconscient. Mais, au bout de treize minutes, Clayton Lockett a levé la tête et a essayé de se redresser. Il donnait des coups de pied. Puis il a commencé à grommeler quelque chose, j’ai pu distinguer un “Oh ! man…” 1. Il grimaçait et agitait la tête en tous sens. Son avocat pleurait. Je n’oublierai jamais cela », lâche le journaliste, qui revit la scène. Derrière la vitre, il assiste à la panique : « Le médecin a soulevé le drap et a constaté une inflammation de la taille d’une balle de golf au niveau du pubis de Clayton Lockett. Après un bref échange avec le médecin, la gardienne de prison a annoncé que les stores allaient être baissés. » Ce qui n’était jamais arrivé en vingt-quatre ans, depuis la première utilisation de l’injection létale par l’Oklahoma, en 1990. « Le directeur du Department of Corrections [DOC] 2 nous a demandé de quitter la pièce. Clayton Lockett est mort à 19 h 6 d’une crise cardiaque, après quarante-trois minutes d’agonie. »

 

... La suite dans Causette #55.

Publié le 24 Mars 2015
Auteur : Héloïse Rambert envoyée spéciale en Oklahoma | Photo : Justin Clemons pour Causette
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