Causette s'en mêle Publié le 24 Mars 2015 par Liliane Roudière, Sigolène Vinson

On peut plus rien dire

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Liberté d’expression chérie, j’écris ton nom

 

C’est le paradoxe qui fait mal aux boyaux et qui énerve. D’un côté, la sensation de ne plus rien pouvoir dire, de l’autre, une prise de parole de plus en plus libre et dirons-nous « décomplexée ». C’est le show permanent. Les « grandes bouches » prennent le pouvoir. Elles donnent leur avis, sur tout. Et tout se vaut. Que ce soit commenter l’info ou dire si la robe est bleue. Avec le Net, elles ont un boulevard sur lequel elles comptent bien laisser une empreinte indélébile. N’y a-t-il pas débile dans indélébile ? Ah non, dommage ! Ces « grandes bouches » qui traquent la chiure de mouche sur la Toile se posent en expert et en procureur. Elles n’ont peur de rien – souvent derrière leur pseudo – et se repaissent de leur croisade : se la péter en gueulant. Je gueule, donc j’existe. Et d’imaginer le sniper en bermuda derrière son écran rotant de vanité d’avoir taclé Obama sur son compte twitter « la raclée que je lui ai mise à Baraque ! » Peut-être, il se branlotte un peu.

 

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Jean-Jacques, c’est très grave !

 

Jean-Jacques Goldman a fait quelque chose de très grave. Il a écrit Toute la vie, chanson au profit des Restos du coeur dans laquelle des jeunes et des vieux échangent entre eux. Et il y a, comme qui dirait, un fossé des générations. En gros, ils se disent : « Bouge-toi, oui, mais y a pas de boulot, t’as pourri ma terre, mais tu as la vie devant toi », etc. Et ça a provoqué un tollé, les experts de tout poil en sont certains : la chanson est réac ! Voui. Monsieur Jacques Attali et Madame Fleur Pellerin, qui ont visiblement du temps pour ça, ont confirmé que c’était très grave.

 

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Du bon usage de l’injure et du silence

 

« Crétin ! » Est-ce une infraction de traiter quelqu’un de quelque chose ? En tête-à-tête, au téléphone, dans la rue, dans les journaux, sur Internet… où est la différence ?

 

Proférée dans la sphère privée, entre deux personnes, en confidence le plus souvent, l’injure est ignorée. Le Code pénal prévoit pourtant que lorsqu’elle n’est pas précédée de provocation l’injure non publique constitue une contravention de 1re classe, punissable d’une amende de 38 euros. Balancé entre quatre murs, « crétin » est presque un mot doux. « Sombre crétin », un compliment. Aussi poétique que « débile profond ». De la même façon, les insultes qu’on invente ou qu’on a cru inventer : « orchidoclaste ! », « encule tes ancêtres sur dix-huit générations »… n’intéressent pas la justice quand elles sont dites au sein d’une communauté d’intérêts. Lors d’une réunion de comité d’entreprise, on peut par exemple échanger ses points de vue : « Briseur de grève ! » (bien dit), sans que cela débouche sur un procès. En revanche, quand l’injure privée est proférée à l’encontre d’une personne en raison de son origine, de son appartenance ou de sa non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, ou en raison de son sexe, de son orientation sexuelle ou de son handicap, la justice est généralement saisie. L’amende est de 750 euros maximum.

 

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Michel Onfray : “Il faut arrêter de criminaliser le débat”

 

Il est habitué à se faire mitrailler, mais il continue à publier des livres, donne des conférences et anime son Université populaire. Il a pour lui l’éloquence et l’opiniâtreté. De quoi redonner la gnaque, et reprendre la parole.


Causette : Quelle analyse faites-vous de cette époque où chacun donne son avis sur tout et où tout se vaut ?

Michel Onfray : Nous n’en avons pas fini avec le logiciel coupeur de tête de la Révolution française où, au nom de la Vertu, mais aussi du Peuple et de la Liberté, on a envoyé au rasoir national des milliers de gens qui n’étaient, eux, ni des tueurs, ni des assassins, mais qui avaient juste le tort de ne pas obéir au politiquement correct du moment. Ce ruisseau de sang coule dans l’Histoire de France depuis 1793. Aujourd’hui, la guillotine, c’est le Net : l’insulte, le mépris, le travestissement de la pensée… Chacun ne s’autorise plus que de lui désormais et le règne des journalistes d’opinion cultivés qui faisaient des enquêtes a laissé place à celui de narcisses qui picorent sur Internet et produisent une information incestueuse planétaire faite de potins et de bruits d’égouts.

 

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Publié le 24 Mars 2015
Auteur : Liliane Roudière, Sigolène Vinson | Photo : illustration : Besse
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