Coup de projo Publié le 20 Mars 2015 par Anna Cuxac

En immersion avec l'ami va-t-en-guerre 20/03/15

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Ils ont fait leurs armes de journalistes-reporters de guerre sur les terrains des révolutions des printemps arabes. Cette génération de free-lances fait l'objet d'un documentaire d'une très grande proximité avec son sujet, "Un Baptême du feu", diffusé lundi sur France 4.

Corentin Fohlen et Jérôme Clément-Wilz sont amis de longue date. Le 15 février 2011, les Libyens se soulèvent contre le pouvoir du colonel Kadhafi, encouragés par les mouvements tunisien et égyptien. Le photographe Fohlen arrive à Benghazi en mars pour couvrir l'embrasement du pays. Dans ses pas, le documentariste Clément-Wilz allume sa caméra « très instinctivement » et commence à filmer son ami reporter. C'est le début de quatre ans de tournage, dans lesquels Jérôme Clément-Wilz va s'attacher à documenter, en suivant Fohlen et d'autres sur des terrains de conflits, l'essor d'une génération de jeunes journalistes et photographes free-lances français, que l'on nommera « génération Printemps arabes ».

« Where is the disco ? »

Le résultat de ce travail de longue haleine, Un Baptême du feu, prend la forme d'un documentaire d'une heure qui ressemble un peu à une compilation de séquences de films entre ami(e)s, intimes et subjectifs, à ceci près que c'est la guerre ou la misère tout autour. « Where is the disco ? » demande Corentin au chauffeur libyen qui conduit l'équipe sur le terrain de la bataille de Ras Lanouf. On rit pour tromper la peur, mais on rit souvent jaune, comme quand il faut refuser d’immortaliser le bras arraché d’un combattant malgré les demandes pressantes d’un survivant qui le brandit.

La caméra de Jérôme Clément-Wilz suit en Égypte, en Libye, au Soudan du Sud ou en Haïti ses amis avec, dès le départ, « une certaine admiration pour le travail du reporter dans son immédiateté », lui qui est habitué au temps long du documentaire.

Corentin Fohlen, Capucine Granier-Deferre... Dans Un baptême du feu, on voit des jeunes poussés par des idéaux sur la nécessité d'informer le monde, mais aussi un peu par l'espoir de gloire, et par l'envie de sentir l'adrénaline s'emparer de leurs corps. « On n'a pas vécu l'Histoire en train de s'écrire. Nous n'avons pas connu la guerre ou les révolutions en France. La génération free-lance des Printemps arabes s'est lancée dans l'histoire comme pour chercher à vivre. Pour en être et pouvoir dire "moi aussi je suis au cœur de l'Histoire" », commente aujourd'hui Jérôme Clément-Wilz. Le réalisateur s'est mis dans une position de double témoin, et a dû, de ce fait, se poser un jour la question du poids de ses images : « Une fois, en Syrie, embarqué avec James, je me suis retrouvé dans une situation où il y avait très peu de journalistes sur place et je me suis demandé si je ne pouvais pas rapporter des images pour les médias. Mais je ne suis pas journaliste. »

Photographe « martyr »

La Syrie, c'est là où Jérôme a eu « le plus peur ». Un guet-apens tendu par les forces loyalistes, qui s'est soldé par le mitraillage de leur voiture et une poursuite dans les champs : « C'est le fait d'être forcé de quitter sa caméra, de ne plus pouvoir travailler qui fait prendre conscience du danger. » C'est en Syrie aussi que le photographe Rémi Ochlik, l'ami présent sur les images tournées en Libye, trouve la mort à 28 ans, en février 2012. À l'écran, un rebelle syrien qui, filmé par un des siens devant le corps recouvert de Rémi Ochlik, rend hommage à l'engagement d'un photographe « martyr ».

Pour Jérôme, Rémi et les autres sont tous des « héros de l'information » dont il a filmé les « contes initiatiques vécus pour grandir ». Un Baptême du feu pose ainsi à la fois la question des limites individuelles face aux risques et celle des expériences nécessaires à se forger un « moi ». Aujourd'hui, Corentin Fohlen, héraut désigné de cette « génération printemps arabes », est retourné vers des reportages plus mag qu'actu chaude. Vous avez pu voir dans le Causette #51 ses photos rapportées d'Haïti cinq ans après le séisme. Comme s'il avait choisi, entre guerres et paix, l'espoir d'une reconstruction.

Voici, en exclusivité, un extrait du documentaire :

 

"Un baptême du feu" - extrait sur la Libye from Causette on Vimeo.

 

Un Baptême du feu, de Jérôme Clément-Wilz, lundi 23 mars à 23 h 25, puis vendredi 3 avril à minuit sur France 4.

 

Publié le 20 Mars 2015
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Jérôme Clément-Wilz
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