Culture Publié le 20 Mars 2015 par Margot Loizillon, correspondante à Bogota

Gente de bien ravit la Colombie 20/03/15

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Le premier long-métrage du réalisateur colombien Franco Lolli, "Gente de bien", vient de sortir dans les salles françaises. Très loin des clichés traditionnels qui collent à la peau de ce pays, le jeune réalisateur filme avec sensibilité une tout autre Colombie, celle du quotidien, de la famille.

On en sort presque abasourdi du film de Franco Lolli ! Dans Gente de bien, pas de guérilla, de Farc, d'armes ou de drogue... Il est tellement rare que le cinéma colombien ne scrute pas ses traditionnels démons que c'est peut-être la première chose qui saute aux yeux. Et, du coup, le résultat est particulièrement rafraîchissant. La deuxième surprise de ce film réside probablement dans cette histoire de relation père-fils, dans un pays où la place de la mère est généralement portée aux nues.

Projeté l'an dernier lors de la Semaine de la critique à Cannes, Gente de bien raconte comment Eric, jeune bogotano de 10 ans doit s'installer pour un temps avec son père qu'il connaît à peine, sa mère ne pouvant momentanément s'occuper de lui.

Le père de Franco Lolli, lui, est décédé avant la naissance de son fils, et le jeune réalisateur a grandi seul avec sa mère : « Au moment de commencer l'écriture de ce film, les seules choses qui me venaient à l'esprit étaient des histoires de relations filiales avec un père. Je me suis débattu avec cette idée quelque temps et puis, une fois la chose acceptée, je me suis demandé comment j'allais faire pour raconter quelque chose que je n'avais pas connu... Du coup, je me suis intéressé à la rencontre entre les deux. »

Dans cette rencontre fantasmée entre un père et son fils, Gabriel, le père d'Eric, travaille à la restauration de meubles dans une famille huppée du nord de Bogota. Le petit garçon passe ses journées à jouer – ou à se disputer – avec les enfants de cette famille, d'une tout autre « classe » que la sienne. Car la société colombienne s'organise ainsi, en classes sociales. En espagnol, on les appelle les estratos, et il n'est pas rare de se référer à quelqu'un en donnant son numéro d'estrato. C'est une organisation parfaitement acceptée et assumée par tous, contre laquelle personne ne semble se rebeller même si, bien sûr, elle crée de nombreuses frustrations. Franco Lolli est né dans cette Colombie à l'estrato élevé : « Malgré mon niveau social, je me suis toujours senti pauvre, car ma mère avait moins d'argent que les autres. Ça m'a longtemps complexé. Parce qu'elle m'élevait seule et qu'elle ne pouvait pas toujours s'occuper de moi, elle m'a souvent envoyé en vacances chez mes copains encore plus riches. Je passais des vacances dans des maisons formidables, mais en étant un peu cet étranger qu'est Eric dans le film. »

La culpabilité tient d'ailleurs un rôle important dans ce film, qui ne manque pourtant pas de petites pointes d'humour et de moments de grâce, comme lorsqu'Eric fait découvrir à son père un tube de reggaeton dont la jeunesse latine est particulièrement friande. Il semblerait que Franco Lolli, qui a vécu plus de dix ans en France et a fait ses classes à la Fémis, ait absorbé ce goût pour raconter l'intime dont le cinéma colombien manque encore cruellement aujourd'hui. Peut-être le début d'une nouvelle vague...

Bande-annonce :

 

Gente de bien, de Franco Lolli. Avec Brayan Santamaria, Carlos Fernando Perez, Alejandra Borrero.

 

Publié le 20 Mars 2015
Auteur : Margot Loizillon, correspondante à Bogota
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