Société Publié le 11 Mars 2015 par Grégory Lassus-Debat

Sur Charlie 23/01/15

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Si seulement le monde entier avait eu la chance de discuter, ne serait-ce qu’une fois, avec Charb, Honoré ou Tignous, il aurait compris ce qu’est cette mécanique intellectuelle qui transforme, à la vitesse de l’éclair, un fait d’actualité, un discours ou une tragédie en dessin de presse. Comment s’opère, en une fraction de seconde, le pas de côté mental qui précède le coup de crayon. C’est ce génie qui m’a frappé alors que j’étais stagiaire à Charlie, avant de devenir l’un de ses journalistes pigistes. C’est cet état d’esprit capable de transformer le pire en rire que j’ai voulu insuffler dans la ligne éditoriale d’un magazine féminin bizarre, un certain « Causette ». Il y a une pincée de Charlie dans Causette, c’est tant mieux et c’est grâce à vous, mes chers Charb, Tignous, Cabu, Wolinski, Honoré et Oncle B. Et cet esprit bienveillant et moqueur à la fois qui était le vôtre vous survivra.

 

D’ailleurs, vous nous avez déjà envoyé un signe : pendant la manif du 11 janvier, une blague venue du ciel a illuminé les visages ravagés des survivants du massacre. François Hollande venait les étreindre quand, patatras !, un pigeon s’est soulagé sur son épaule. D’un coup, les rescapés se sont marrés. Doit-on pour autant hurler à l’insulte envers Hollande, ainsi publiquement moqué ? Doit-on censurer ces rires au motif qu’ils pourraient l’offenser ? L’humour n’existe, presque toujours, qu’aux dépens de quelqu’un ou de quelque chose. Pourtant, il nous faudrait, au nom de l’apaisement et « parce-qu’il-ne-faut-pas-mettre-de-l’huile-sur-le-feu », accepter de ne pas « tourner [la religion] en dérision », comme l’a déclaré le pape François, et limiter la liberté d’expression là où commence la susceptibilité des autres. Hors de question !

 

On peut rire de tout, et aux dépens de n’importe qui, surtout !

 

Je veux conserver le droit d’être moqué, critiqué, offensé même. La seule limite acceptable, c’est celle de la loi sur la presse de 1881 : on n’a pas le droit d’injurier, de diffamer publiquement. Charb et l’équipe de Charlie n’ont jamais accepté de céder un pouce sur ce terrain, car, derrière cet entêtement à ne pas accepter même un chouia de censure – ou d’autocensure –, c’est toutes nos libertés fondamentales qu’ils protègent. Merci et bon vent, les gars, continuez à nous faire descendre des fientes sur les épaules du monde. Et, s’il vous plaît, dessinez-nous plein de belles choses haut dans le ciel, parce qu’en ce moment je vous promets qu’ici il n’y a pas que les nuages qui volent bas.

Publié le 11 Mars 2015
Auteur : Grégory Lassus-Debat
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