Politique Publié le 11 Décembre 2014 par Anna Cuxac

Happening en soutien aux victimes du Rana Plaza 11/12/14

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Mardi 9 et mercredi 10 décembre, plusieurs associations ont manifesté à Paris en soutien aux victimes de l’effondrement de l’immeuble du Rana Plaza au Bangladesh. “Causette” les a suivies.

Mardi 9 décembre, une dizaine de corps enroulés dans des draps colorés sont allongés sur le trottoir face au magasin Benetton, place de l’Opéra, à Paris. Comme des morts dans des linceuls tape-à-l’œil. Une vendeuse, qui prend son service, se glisse entre les photographes et les interroge. « C’est un happening de l’association Peuples solidaires et du Collectif Éthique sur l’étiquette pour inviter Benetton à participer au fonds d’indemnisation des victimes de l’effondrement du Rana Plaza. C’était en avril 2013 au Bangladesh, vous en avez entendu parler ? » demande Charlotte Soulary, de Peuples solidaires. « Oui, mais je n’avais aucune idée que Benetton aussi produisait dans ces usines. Au travail, on ne nous parle pas du tout des moyens de fabrication », répond la jeune fille avant de filer rapidement, car sa responsable jette un œil par la vitrine.

 

 

Fonds d'indemnisation partiel

Les militants attendent que les sociétés internationales donneuses d’ordre aux usines du Rana Plaza versent leurs contributions à un fonds d’indemnisation pour les victimes et leurs familles, mis en place en décembre 2013. Placé sous la présidence de l’Organisation internationale du travail (OIT), ce fonds devrait atteindre 40 millions de dollars (32 millions d’euros). Près de 20 millions (16 millions d’euros) ont été jusqu’ici récoltés. Parmi les entreprises donatrices, Auchan, H&M, Mango, C&A ou encore Camaïeu. Mais Benetton et Carrefour continuent de faire la sourde oreille. Alors, les associations montent au créneau, mais sans appeler au boycott : « On ne cible pas les clients, ni les employés, mais le groupe. On ne cherche pas à culpabiliser les consommateurs. Je ne vais pas m’empêcher d’acheter du Benetton ou du H&M, mais je vais interpeler les marques pour qu’elles acceptent de rogner sur leurs immenses marges pour produire dans des conditions humaines », détaille Charlotte Soulary. Le 24 avril 2013, on comptait près de 1 200 morts et 2 000 blessées dans l’effondrement du Rana Plaza.

 

Devoir de vigilance

Mercredi 10 décembre, devant l’Assemblée nationale, un homme et une femme portant écharpe tricolore et chapeau melon scandent au mégaphone un drôle d’hymne à la prospérité des multinationales : « Considérant que les multinationales doivent être protégées contre l’oppression des associations, des défenseurs des droits de l’homme, des syndicats, des travailleurs et des consommateurs pour éviter toute concertation démocratique […], en ce 10 décembre 2014, nous proclamons solennellement la déclaration universelle des droits des multinationales. » Les acteurs se font interrompre par d’authentiques membres de l’association CCFD-Terre solidaire, jouant leurs propres rôles et déployant une grande affiche où cette déclaration universelle est marquée d’un tampon « rejetée ». Après cette saynète, plusieurs députés EELV et PS prennent la parole pour défendre une proposition de loi sur le « devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre ».

 

Crédit photo : CCFD-Terre solidaire 

 

« Humaniser la mondialisation »

Cette proposition de loi se veut la réponse politique aux nombreux drames de l’industrie du textile. Initiée par des députés EELV et PS l’année dernière, et soutenue par les communistes et les radicaux, elle prévoit d’engager la responsabilité des entreprises françaises dans les activités de ses filiales et de ses sous-traitants. Ainsi, la législation obligerait désormais « toute entreprise à prévenir les dommages ou les risques avérés de dommages sanitaires, environnementaux ou résultant d’une atteinte aux droits fondamentaux dans le cadre de ses activités, de celles de ses filiales ou de celles de ses sous-traitants ». Une manière « d’“humaniser” la mondialisation », pour le député Dominique Potier, puisque « l’éthique n’est pas l’ennemie de l’économie », selon son collègue Philippe Noguès.

 

Reste à convaincre le gouvernement. Si Manuel Valls s’est dit favorable au texte après une question d’un journaliste en conférence de presse, le 17 novembre dernier, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, « reste très réticent sur certains points de la loi », selon CCFD-Terre Solidaire. Et les stratégies politiques battent leur plein : pour maintenir la pression et que le texte ne soit pas vidé de sa substance, EELV veut mettre le « devoir de vigilance » à l’ordre du jour de l’Assemblée, le 29 janvier prochain. Le PS, lui, souhaite attendre mars afin de négocier des « aspects techniques » avec le gouvernement, et soumettre le texte lui-même pour s’assurer de faire nombre. En attendant, les associations continueront de demander à Carrefour, dernière entreprise française à n’avoir pas payé, d’indemniser les victimes du Rana Plaza, mortes d’indifférence pour leurs conditions de travail.  

 

Publié le 11 Décembre 2014
Auteur : Anna Cuxac | Photo : A.C.
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