Spectacles Publié le 03 Novembre 2014 par Anna Cuxac

Quatre générations de femmes sur les planches 03/11/14

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« Merci Simone ». C’est le cri d’amour à l’ancienne ministre de la Santé qui légalisa l’avortement lancé dans la pièce “Et pendant ce temps Simone veille !” Et vous savez quoi ? Ça fait du bien.

« Les commandos antiavortement, ça ne vous défrise pas les bigoudis ? Une femme violée toutes les sept minutes, et c’est pas la même, ça ne vous retourne pas la frange ? […] Je ne dirais qu’une chose : Indignez-vous ! » gronde Simone dans Et pendant ce temps Simone veille ! Cette pièce de théâtre, créée en 2012 et donnée jusqu’à janvier à la Comédie Bastille, à Paris, retrace, en chansons et en rires, l’histoire de la lutte pour les droits des femmes depuis l’après-guerre. 1950, 1974, 1989 et 2014, quatre époques et le même banc d’un jardin public, quelque part en France, sur lequel vont se succéder quatre générations de femmes.

 

La figure tutélaire

Ce sont trois copines. Les premières, les arrières-grands-mères, travaillent durant la guerre et sont renvoyées à leur condition de femmes une fois les hommes rentrés du front. Les grands-mères, en plein trip new age, fument des pétards en applaudissant le remboursement, par la Sécurité sociale, de la pilule, en 1974. Les filles se remettent des excès de leur soirée Chippendales en s’étirant sur le banc après le footing réparateur. On est en 1989, les mannequins dénudés ont envahi le papier glacé et la société ne semble laisser le choix qu’entre la tyrannie du corps parfait et celle du voile.

 

2014, les petites-filles ne décrochent pas de leur portable et déplorent les inégalités salariales, – 25 % tout de même, dont elles sont encore victimes. Au-dessus de ces quatre groupes plane la figure tutélaire et adulée de Simone Veil, matrone en tailleur jaune pétard et perruque en serpillère, un look d’enfer. Jouée par l’actrice Bonbon, Simone intervient à coups de Klaxon ou de crécelle dans les conversations pour marteler les dates clefs des droits des femmes après 1945. Et l’on entend dans le public de grands « oh ! » d’étonnement quand Simone rappelle que l’abolition de l’interdiction pour les femmes de porter le pantalon à moins d’une autorisation individuelle de la préfecture date de 2013 ! Oui, 2013. 

La facétie réfléchie

La mise en scène ingénieuse, avec les changements de costumes pour marquer les époques, est enrichie de chansons qui font un interlude entre les tableaux. On soulignera l’espièglerie de l’écriture avec, par exemple, la chanson « Tchador », où les actrices détournent Oui j’l’adore avec ces paroles : « Oui tchador, on ne voit pas quand on sort / oui tchador ça fait robe et ça fait store. »

 

Le tour de force de ce spectacle est de faire à la fois rire et réfléchir sur un sujet – le féminisme, hou ! le vilain mot ! – que d’aucuns aiment à déconsidérer et moquer. « Je vous signale qu’il y a des filles qui luttent au quotidien, chez nous en France, dans un pays laïc, pour continuer à porter une jupe sans se faire traiter de pute ! » leur rétorque la Simone de la pièce. Et la vraie, la grande Madame Veil, qu’en pense-t-elle ? « Elle a été très touchée par le spectacle et par l’hommage qu’on lui rend. Mais c’est une femme discrète, raconte la comédienne Hélène Serres, qui joue Jeanne et ses descendantes dans la pièce. Ses fils, qui étaient avec elle, étaient enthousiastes. Certaines personnes de sa famille sont revenues au spectacle plusieurs fois. C’est un mélange de rire et d’émotion, avec la chanson finale [qui lui est dédiée, NDLR]. »

 

Les 40 ans de la loi Veil

Certes, on a vu la dame défiler dans les cortèges de la Manif pour tous, « mais sa position était dictée par la suite, c’est-à-dire par les réformes qui s’annoncent […] c’est-à-dire la GPA, la PMA […] », a expliqué son fils, Jean Veil, sur RTL. On lui pardonne, comme nos petits-enfants pourraient nous pardonner de nous élever contre la robotisation de l’être humain en 2050. À 87 ans, Simone Veil est une icône, une des personnalités préférées des Français, à qui l’on doit le droit aux femmes de disposer d’elles-mêmes. Une mère courage de la Nation, qui avait dû, en 1974, lors des violents débats sur l’IVG, essuyer les insultes les plus ignobles d’une partie de l’Assemblée, la rappelant à sa condition de rescapée des camps de concentration, à coups de parallèles indignes.

 

En janvier prochain, on fêtera les 40 ans de la loi qui porte son nom. Parmi les hommages qui ne manqueront pas de lui être rendus, celui de Et pendant ce temps Simone veille ! est une réussite. À Paris, jusqu’à la fin décembre, et dans toute la France, de janvier à mai, on ne peut que vous conseiller de vous y rendre avec des personnes qui s’estiment peu concernées par les droits des femmes. « En fait, c’était vraiment pas mal », nous a dit à la sortie l’un d’eux, qu’on avait lâchement traîné au spectacle.

 



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Et pendant ce temps, Simone veille !, à la Comédie Bastille jusqu'en janvier, de 27 à 32€, 10€ pour les moins de 26 ans.

Dans toute la France dès le 15 janvier :

15 janvier : Ussel – 19

31 janvier : Rueil Malmaison – 92

21 février : Châteauneuf – 06

24 février : Toulouse – 31

27 février : Neuves Maisons – 54

7 mars : Vaujours – 93

8 mars : Mennecy – 91

10 mars : Montiny le Bretonneux – 78

13 mars : Vibraye – 72

14 mars : Cambrai – 59

17 mars : Fleury les Aubrais -45

19 mars : Lons – 64

20 mars : Le Haillan – 33

21 mars : Montauban – 82

22 mars : St Amans Soult – 81

25 mars : Lempdes – 63

27 mars : Marguerittes – 30

28 mars : Montélimar – 26

29 mars : Bourg St Andéol – 07

4 avril : Soustons – 40

10 avril : Paray la Vieille Poste – 91

11 avril : Thiais – 94

19 avril : Harfleur – 76

Du 22 au 26 avril : Bruxelles – B

23 mai : Amberieu en Bugey – 01

29 mai : Seyssins -38

Publié le 03 Novembre 2014
Auteur : Anna Cuxac
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