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Portrait Elizabeth Roman et Sophie Basquin pour Tchikita
Elisabeth Roman (à droite), aux côtés de la journaliste Sophie Basquin.

Élisabeth Roman : « Avec “Tchika” et “Tchikita”, nous voulons développer l’esprit critique des enfants »

Deux ans après avoir créé Tchika, le premier magazine féministe pour les filles de 7 à 12 ans, la journaliste Élisabeth Roman s’apprête à lancer Tchikita, pour les enfants de 4 à 7 ans. L’occasion de revenir sur ce succès de la presse indépendante, qui vient renouveler l’univers encore très genré de la presse jeunesse. 

Causette : En 2019, vous avez lancé Tchika, le « premier magazine papier d’empouvoirement pour les filles » de 6 à 12 ans. À quoi ça ressemble, un magazine jeunesse féministe ? 
Élisabeth Roman : On y trouve des portraits de femmes du passé, avec des vraies histoires et des découvertes passionnantes. On interviewe aussi beaucoup de femmes du présent. Ça, c’est le côté role model assez classique. On déconstruit également les injonctions sexistes, avec des sujets qui concernent directement les enfants : par exemple, ces petits garçons qui ont posé torse nu, avec leurs cheveux longs, et qui ont été censurés sur Instagram. Dans Tchika, on trouve aussi plein d’actus sur les filles à travers le monde, tout comme on découvre des petites Françaises qui font des choses, nos « Tchikas d’or ».
Ce qui est génial, c’est qu’aujourd’hui, nos lectrices sont devenues nos enquêtrices : sans qu’on leur demande, elles nous envoient leurs trouvailles pour la rubrique « Sexisme zone », où l’on débusque les produits genrés. C’est génial de voir qu’elles ont un discours déjà féministe et qu’elles prennent la parole pour exprimer leur ras-​le-​bol du sexisme.

Qu’est-ce qui vous a poussée à créer Tchika ?
E. R. : Je suis journaliste pour la presse enfant depuis mes débuts, soit près de 30 ans, et j’ai toujours eu à cœur de faire une presse intelligente. J’ai été rédactrice en chef de Sciences & Vie Découvertes [un magazine scientifique pour les 7–12 ans, ndlr] pendant dix ans et, à un moment donné, j’ai eu envie de monter mon entreprise, puis de créer mon magazine. Quand j’étais rédactrice en chef, on me répétait toujours : « 60 % de tes lecteurs sont des garçons, il faut orienter garçons. »
Au départ, je pensais donc créer un magazine scientifique pour les filles. 
Du coup, je suis allée en kiosques pour voir ce qui existait, et là, j’ai cru mourir ! On leur propose du rose, évidemment, de la mode et de la beauté, des petits animaux mignons, beaucoup de choses très guimauve sur l’amour, des tests… Tout ce qui mène ensuite vers une presse féminine classique. Le pompon, c’est les « plus produits » : un petit rouge à lèvres en plastique, un petit porte-​monnaie… Là, je me suis dit que je ne pouvais pas parler uniquement de sciences. 

Pourquoi avoir choisi de ne vous adresser qu’aux filles ?
E. R. : C’était important pour moi de m’adresser à elles, et de le dire. Depuis, la baseline du magazine a un peu changé, car il semblerait que des garçons lisent aussi Tchika, qui se présente aujourd’hui comme « le magazine pour les filles, aussi lu par les garçons ». Mais au départ ils n’étaient pas intégrés.
Quand j’ai lancé ce magazine, je m’attendais à faire face à des vagues de « mascus » [masculinistes, soit des hommes farouchement antiféministes]. Pas du tout. Par contre, j’ai été vraiment agressée par quelques personnes sur le fait que je m’adressais uniquement aux filles. Ce que j’assume et explique dans mon manifeste. Je voulais vraiment que les filles puissent avoir leur endroit à elles – d’ailleurs, toutes les phrases sont féminisées. Mon aventure a commencé comme ça, et le succès du titre confirme qu’il y a un besoin de ce type de presse. 

Neuf numéros et 3 000 abonné·es plus tard, vous faites une levée de fonds (jusqu’au 26 juin) pour lancer la petite sœur de Tchika : Tchikita, « le premier trimestriel pour l’égalité filles-​garçons », destiné aux 4–7 ans. Pourquoi créer ce second titre ?
E. R. : Déjà parce que les abonné·es me l’ont réclamé ! Et puis c’est très classique dans la presse pour enfants de créer une sorte de « famille » de magazines, pour différentes tranches d’âges. Avec Tchikita, j’avais envie de créer un magazine pour les plus petits, et de l’ouvrir aux garçons. Entre 4 et 7 ans, il n’y a pas encore cette injonction, pour les garçons, à la non-​lecture. À partir de 7 ans, souvent, c’est déjà trop tard : on leur a mis dans le crâne que la lecture, ce n’est pas pour eux, et je pense que la déconstruction des préjugés passe par d’autres techniques – par exemple des ateliers. 

Que trouvera-​t-​on dans Tchikita ? 
E. R. : On ne sera pas loin de Tchika : on va retrouver notre rubrique sur les animaux femelles, un dossier thématique – et on commence par Frida Kahlo, encore elle, car c’est un peu ma porte-​bonheur –, des histoires de femmes du passé, des actus, des filles qui font des choses. Les garçons ne seront pas mis de côté, mais il y aura toujours un peu plus de filles. J’y tiens, car à partir de 6 ans, les filles commencent à se penser plus bêtes. Et c’est important que les garçons voient, sans être rejetés, que les filles aussi font des trucs. 

Qu’espérez-vous susciter chez vos jeunes lecteurs et lectrices ?
E. R. :
Des questionnements ! Nous sommes dans une société où l’on impose beaucoup de choses aux enfants : les couleurs, les genres, ce qu’ils regardent, ce qu’ils lisent… Nous, on ne veut pas faire du prosélytisme, mais provoquer des questionnements. Qu’ils puissent voir qu’il y a différents choix possibles et développer un esprit critique.

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