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Le body posi­tive nous libère-​t-​il vraiment ?

Depuis quelques années, ce mou­ve­ment expose et valo­rise des corps fémi­nins moins stan­dar­di­sés. Une démarche plus que salu­taire, mais pas miraculeuse.

Sophie est sur le point de fran­chir le cap des cin­quante ans de vie com­mune avec son corps. Cinq décen­nies (ou presque) pas­sées à se scru­ter sans relâche ni pitié. Cette ensei­gnante et mère de famille ins­tal­lée sur l’île de la Réunion entre­tient avec son enve­loppe char­nelle un rap­port où s’entremêlent l’amour et la haine. Une rela­tion obses­sion­nelle et un peu toxique. Son poids, sa taille et le chiffre ins­crit sur l’étiquette de ses vête­ments ont beau entrer plei­ne­ment dans la « norme », rien n’y fait. « Cellulite, taille de mes cuisses, lar­geur de mes fesses : je ne suis jamais contente, confie-​t-​elle avec sin­cé­ri­té. Il y a tou­jours un truc qui ne me va pas. »

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©EricaGenece_​

L’irruption du body posi­tive, dont les images fleu­rissent sur les réseaux sociaux comme dans les cam­pagnes de com­mu­ni­ca­tion des marques de vête­ments et de cos­mé­tiques depuis quelques années, avec l’objectif de mettre en avant toutes les mor­pho­lo gies, aurait pu aider Sophie à rela­ti­vi­ser ses angoisses, à stop­per le cercle infer­nal de l’autocritique. Prof, mili­tante et dési­reuse de réduire en miettes les dik­tats impo­sés aux femmes depuis des cen­taines d’années, elle aurait pu embras­ser plei­ne­ment ce cou­rant syno­nyme d’air frais et de démys­ti­fi­ca­tion des modèles éta­blis. Mais la ren­contre n’a pas eu lieu. 

Quand elle tombe sur une publi­ci­té pour des culottes mens­truelles sur laquelle une jeune modèle a des cuisses larges et des bour­re­lets, elle applau­dit des deux mains, mais la magie n’opère pas pour elle : « Je trouve ça très bien d’un point de vue intel­lec­tuel et théo­rique de voir des sil­houettes moins stan­dar­di­sées, car c’est en cohé­rence avec mes valeurs fémi­nistes, raconte-​t-​elle. Par contre, ça n’a abso­lu­ment aucun effet sur mes com­plexes. Je conti­nue à trou­ver que les plis, c’est moche, et à ne pas vou­loir res­sem­bler à ces jeunes femmes. » La contra­dic­tion a beau lui sau­ter aux yeux, elle ne par­vient pas à se déles­ter de ses insé­cu­ri­tés phy­siques. « Le juge­ment insa­tis­fait que je porte sur moi-​même reste à moi­tié dézin­gué par les maga­zines fémi­nins et par une sorte de culte de la min­ceur. Je passe à côté du truc car les dégâts sont trop pro­fonds », analyse-​t-​elle avec fatalisme.

Imperfections sur papier glacé

Le récit de Sophie – loin d’être un cas par­ti­cu­lier – per­met d’appréhender ce mou­ve­ment sous un angle un peu moins… posi­tif. Et de ques­tion­ner ses véri­tables béné­fices, au-​delà du ver­nis. Il ne s’agit évi­dem­ment pas de cri­ti­quer le fait que plus de corps soient visibles et célé­brés. Voir enfin des seins tom­bants ou minus­cules, des jambes courtes, de la cel­lu­lite ou des ver­ge­tures sur les publi­ci­tés a lar­ge­ment de quoi nous réjouir ! Quel sou­la­ge­ment pour les yeux de consta­ter que les femmes sur papier gla­cé ont aus­si des poils, une culotte de che­val ou par­fois de[…]

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