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Théâtre : “Notre sang” explore les dédales de la maternité

Le 18 novembre se jouait à Arcueil la pre­mière repré­sen­ta­tion de Notre sang par le col­lec­tif Lilalune etc. Nathalie Matti, à la mise en scène, a pui­sé dans son expé­rience per­son­nelle et dans son enquête en immer­sion dans une mater­ni­té, pour écrire cette pièce.

Nous aurions pu com­men­cer cette chro­nique théâ­trale par ces mots cou­tu­miers : « Les lumières s’éteignent, le rideau rouge s’ouvre. » Mais les lumières se sont allu­mées, et le rideau n’était pas rouge. Et il ne s’est pas ouvert. Il était blanc, si trans­lu­cide que, grâce à un jeu de lumières, nous pou­vions per­ce­voir la scène qui se dérou­lait der­rière. Alors, il est res­té fer­mé, et, à l’unisson, des voix se sont éle­vées. Trois voix, trois femmes, vêtues de noir. La pro­mis­cui­té entre le public de la salle Anis Gras à Arcueil (94) et les comé­diennes, ren­dait la scène d’autant plus forte, l’émotion d’autant plus pal­pable. Sur le mot “Maternité”, ce chœur de femmes dis­pa­raît et laisse place à un autre cœur : celui d’un fœtus, que l’on entend réson­ner dans la salle. Une image appa­raît, pro­je­tée sur le rideau blanc : c’est un che­val qui court. C’est étrange à quel point les bat­te­ments de cœur lors d’une écho­gra­phie sonnent de la même manière que les sabots d’un che­val au galop. Quand le rideau de tulle s’écarte, la scène en arrière-​plan prend vie. Une femme est allon­gée sur un lit gyné­co­lo­gique, dans le cabi­net d’une sage-​femme. C’est un pre­mier tableau. D’autres s’ensuivront, durant les­quels nous assis­te­rons aux doutes de femmes enceintes, à leurs craintes, leurs joies, leurs peines. Nous les écou­te­rons par­ler des vio­lences gyné­co­lo­giques et obs­té­tri­cales qu’elles ont pu subir, de celles qu’elles ne veulent plus revivre. Chacune de ces patientes est sui­vie par Madeleine, sage-​femme à l’écoute, bien­veillante et concernée.

Pour le per­son­nage de Madeleine, la met­teuse en scène Nathalie Matti s’est ins­pi­rée de la sage-​femme avec qui elle s’est liée, Martine V. Elle l’a ren­con­trée à la mater­ni­té Louis-​Mourier, à Colombes, où elle a assis­té à des consul­ta­tions pré et post-​natales et l’a sui­vie dans son tra­vail pen­dant plu­sieurs mois en 2018, dans une démarche qui fait sin­gu­liè­re­ment écho au docu­men­taire A la vie (sui­vant, lui, la sage-​femme Chantal Birman), actuel­le­ment en salles. Nathalie Matti s’est nour­rie de la vie de cette mater­ni­té, de ses dis­cus­sions avec le per­son­nel et des témoi­gnages de femmes enceintes, pour écrire ce texte. Au-​delà du tra­vail d’enquête, l’écriture de cette pièce est une véri­table quête per­son­nelle. Deux ans après un accou­che­ment trau­ma­tique, Nathalie Matti, qui ne par­ve­nait tou­jours pas à com­prendre ce qui s’était pas­sé et le mal-​être qu’elle res­sen­tait, a déci­dé de se plon­ger dans le quo­ti­dien de cette mater­ni­té. Elle confie à Causette : « C'était un peu comme retour­ner sur les lieux du crime », avant d’ajouter : « J'avais besoin d'être là pour com­prendre ce qu'il m'était arri­vé. » Rapidement, elle appren­dra qu’un « accou­che­ment res­sen­ti comme violent peut-​être la cause d'un état de stress post-​traumatique ».

Dans la pièce, le rôle de Nathalie Matti est joué par la nar­ra­trice. Chaque scène vécue lui per­met d’avancer, de com­prendre, de fouiller les mémoires. Mêlant récits de vie, poé­sie, articles scien­ti­fiques et théo­ries psy­cho­lo­giques, Notre sang raconte com­ment la vie d’une femme bas­cule pour tou­jours lorsqu’elle met au monde un enfant. « Je crois que lorsqu’on accouche, quelque chose se heurte au monde que nous connais­sons », écrit Nathalie Matti. Ces femmes et leurs his­toires sont incar­nées mer­veilleu­se­ment par quatre actrices dont le jeu bou­le­ver­sant nous trans­porte dans les cou­loirs de la mater­ni­té. Avec force, émo­tion et jus­tesse, les comé­diennes Marie Bringuier, Lucile Chevalier, Charlotte Dupont et Marie-​Émilie Michel sus­citent chez le public rires, troubles, fris­sons, et larmes.

Notre sang. Une créa­tion du Collectif Lilalune etc. Avec Marie Bringuier, Lucile Chevalier Charlotte Dupont, Marie-​Emilie Michel. Ecriture et mise en scène : Nathalie Matti. Scénographie : Marie Hervé. Création lumière : Delphine Perrin. Création vidéo : Babak Dehkordi. Création musi­cale : Aurélie Guiller.

Prochaines repré­sen­ta­tions :

Les ven­dre­di 19 et same­di 20 novembre 2021 à 19h30, à Anis Gras-le lieu de l’autre (55 ave­nue Laplace 94110 Arcueil). Réservez ici.

Les ven­dre­di 14 et same­di 15 jan­vier 2022 à 20h30 à La comé­die de Ferney (33 Grand’Rue 01210 Ferney-Voltaire)

Le ven­dre­di 18 mars 2022 à 20h à la MJC Théâtre de Colombes (96−98 Rue Saint-​Denis 92700 Colombes)

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