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La sélec­tion de mai 2019

PONTHUS Joseph c Philippe Matsas Opale Editions La Table Ronde
© P. Matas/​opale

À la ligne. Feuillets d'usine, de Joseph Ponthus

« Aujourd’hui, j’ai dépo­té trois cent cin­quante kilos de chi­mères. » En bon amou­reux de la lit­té­ra­ture, Joseph Ponthus ne peut pas s’empêcher de s’émerveiller de cette phrase, qui est pour­tant sa réa­li­té concrète, ce jour-​là, à l’usine de pois­sons (la chi­mère en est un). Joseph (hypo­khâgne, khâgne, édu­ca­teur spé­cia­li­sé) est contraint de tra­vailler en usine après avoir cher­ché autre chose, en vain. Il s’attend à la dure­té du tra­vail, au froid, à la lan­ci­nante répé­ti­tion des gestes, mais pas du tout à ce qui bien­tôt le happe, le besoin d’écrire « non le glauque de l’usine, mais sa para­doxale beau­té ». Oui, l’usine va l’aider à se repla­cer dans la socié­té, à réflé­chir, à recon­si­dé­rer son corps, ici dure­ment mis à l’épreuve. Son livre, qui vient d’être cou­ron­né par le prix Régine Deforges 2019, décrit le quo­ti­dien ouvrier, les pauses, la chaîne, les loi­sirs bouf­fés par la pers­pec­tive du retour, avec une écri­ture superbe, en un poème caden­cé : « C’est l’usine qui a don­né le rythme : sur une ligne de pro­duc­tion, tout s’enchaîne très vite. Il n’y a pas le temps de mettre de jolies subor­don­nées. Les gestes sont machi­naux et les pen­sées vont à la ligne. » À la ligne, c’est deve­nu le titre de ce livre puis­sant, malin, bien­veillant, par­fois sou­riant. Essentiel. I. M.

À la ligne. Feuillets d’usine, de Joseph[…]

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