Fatima Daas : « J’ai cherché un féminisme dans lequel je pouvais vivre toutes mes identités à la fois »

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Fatima Daas. © Olivier Roller

À 24 ans, Fatima Daas publie La Petite Dernière, un premier roman qui fait entendre une voix et une langue nouvelles : celles d’une jeune femme des quartiers populaires qui bataille avec son identité. Le tout sous l’égide de Virginie Despentes qui dit de son texte qu’« il se construit par fragments. Comme si elle updatait Barthes et Mauriac pour Clichy- sous-​Bois ». Boum !

Causette : Vous avez 24 ans, c’est votre premier roman. Comment êtes-​vous venue à l’écriture ?
Fatima Daas :
J’ai commencé à écrire à l’adolescence, vers 14–15 ans. J’écrivais des textes assez intimes. Ça a commencé à devenir important quand j’ai senti que ça débloquait quelque chose chez moi. En fait, une cousine à moi est morte à 4 ans. Elle habitait en Algérie et je l’avais vue une fois, mais c’était le choc de se rendre compte qu’on pouvait mourir en étant enfant. Ça n’était pas dans l’ordre des choses. Alors j’ai commencé à lui écrire des lettres. C’est devenu quelque chose d’essentiel. Je pouvais lui raconter mes journées, comme je pouvais parler de cet événement tragique et de comment ça avait pu me remuer. J’avais besoin de lui écrire ces lettres que je n’allais pas envoyer, que j’allais écrire pour moi et sans réponse. Je me suis rendu compte petit à petit que l’écriture, c’était ma manière à moi de parler. Parce que j’avais vraiment du mal, encore aujourd’hui je pense, à communiquer directement avec les autres, et avec moi-​même, à exprimer des émotions, des désirs.
Au lycée, j’ai participé à des ateliers d’écriture, notamment avec l’écrivain Tanguy Viel, qui était en résidence dans mon lycée quand j’étais en seconde. J’avais une enseignante de français et une d’espagnol qui m’avaient dit : « Tu as quelque chose avec l’écriture, il faut que tu persévères. » J’y ai cru encore plus. Ces ateliers permettaient de dire ses textes, mais aussi d’écouter d’autres voix, les textes des autres. Et, à la fin de l’atelier, de travailler ensemble à la fabrication d’un texte commun. On a publié deux livres : un roman et un recueil de textes. Ça a été une étape importante dans mon parcours d’écriture. Puis je me suis rendu compte que le parcours qu’on attendait que je fasse, notamment du côté du corps enseignant, n’était pas celui[…]

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