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Laia Abril : por­trait cli­nique de la misogynie

HS11 laia abril 1
© Mahala Nuuk

Est-​ce de l’art ou un tra­vail docu­men­taire ? « Ce que je fais, c’est réagir aux faits avec mes yeux. » En d’autres termes, un peu des deux. Laia Abril a 33 ans, est née en Espagne, à Barcelone, et s’est impo­sé la méti­cu­leuse tâche de don­ner à voir par la pho­to­gra­phie ce que le patriar­cat fait aux femmes. À tra­vers les époques et les pays, en plu­sieurs expo­si­tions et ouvrages, depuis qu’elle a com­men­cé à faire de la pho­to et jusqu’à nou­vel ordre, elle sou­haite racon­ter « une his­toire de la miso­gy­nie ». C’est métho­dique et ver­ti­gi­neux, parce qu’elle cherche des « réponses aux ques­tions qui l’obsèdent », mais aus­si à répondre à « ceux qui vou­draient que cela appar­tienne au pas­sé ou à des régions du monde éloi­gnées des nôtres ».
C’est d’ailleurs en Europe, en 2010, que tout a com­men­cé. Après avoir étu­dié le jour­na­lisme, Laia Abril prend la tan­gente et se met à pho­to­gra­phier des jeunes femmes souf­frant de désordres ali­men­taires – aux­quelles les dik­tats de beau­té du patriar­cat ne sont pas étran­gers. En 2014, son livre autoé­di­té The Epilogue, qui nous accom­pagne dans l’intimité d’une famille bri­tan­nique endeuillée par la mort de Cammy, 26 ans, des suites de la bou­li­mie, est rapi­de­ment épui­sé. Viennent ensuite des tra­vaux sur la pros­ti­tu­tion, l’avortement illé­gal, le tabou des règles, les fémi­ni­cides et, désor­mais, la culture du viol. Chez elle, l’image est sou­vent sombre, presque cli­nique, et l’absence de fio­ri­tures ren­force le pro­pos. Comme un upper­cut, le 31 août, une pho­to­gra­phie de Laia Abril fai­sait la Une du quo­ti­dien Le Monde pour illus­trer une enquête sur les fémi­ni­cides à La Réunion : celle d’une pierre tom­bale cou­verte de fleurs en mémoire d’une femme tuée par son ex-​conjoint.
Gratifiée d’une expo­si­tion aux pres­ti­gieuses Rencontres d’Arles[…]

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