Le féminisme, c'est comme le ménage,
si on ne s'y colle pas régulièrement on finit par s'habituer à la crasse. Mais on se passerait bien de la corvée. On préfèrerait regarder les autres s'en occuper. De mon côté, je pense avoir trouvé ma solution : je ne milite pas pour le féminisme, je vis le féminisme. Au quotidien, à chaque seconde sur laquelle passent mes actes et ma pensée. Non sans avoir remercié ma mère pour ses victoires passées, tout en remettant un soutien-gorge parce que, il faut l'avouer, le poids du symbole est moins lourd à porter que celui de mes seins. Merci encore maman, vraiment. Quoique, je n'avorte pas tous les jours et vote un peu moins souvent. Une fois de temps en temps, comme tout le monde. Mais c'est agréable d'avoir le choix. J'aime cette liberté de choisir mon président et mes amants, de prendre position ou de laisser mon monde se débrouiller sans moi. Il faut sauvegarder tout cela et en profiter, sereinement, car le fondamentalisme du temps des grandes manœuvres me rebute et me fait peur.
Ainsi m'a-t-on souvent demandé si j'étais féministe ; par le seul fait de mon existence, par essence, oui. Féministe parce que femme, pas partisane. La moitié de l'Humanité n'a pas à justifier sa quête d'égalité, elle doit la prendre, sans complexes ni argumentations. On n'est pas partisan d'une évidence, on s'y résout. Et non, je ne m'énerve pas! La conviction qu'il me fallait faire ce numéro presque entièrement consacré au féminisme est née dans la bouche de mes sœurs : «Je ne suis pas féministe, mais...» Je reste coite. Comment tant de femmes ont pu en arriver à affirmer ne pas être pour la défense de leurs droits ? Personnage de basses mœurs que je suis, j'aurais tendance à y voir un certain goût pour les menottes... Les vraies raisons sont probablement moins tordues.
C'est indéniable, le féminisme est ringard. La peur fantasmée de la harpie aux aisselles habitées est bien ancrée. Il est donc grand temps de dépoussiérer la notion et d'épiler les inconscients, de remettre le concept au goût du jour et de l'épouser comme une posture permanente, un réflexe, une norme.
Causette







































