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Janvier 2012

“La Vierge Marie avait l’air atterré, une main sur la bouche. Dans l’autre, un test de grossesse positif.”

C’est ma tante qui raconte, au repas de Noël : « Glynn Cardy, mais si, c’est ce pasteur néo-zélandais un peu loulourd qui vient d’accrocher cette image de Marie à la façade de son église d’Auckland. Pour lui, cette peur de la grossesse – elle savait pas encore de qui était le divin enfant ! –, c’est pour représenter le lien qui unit la Vierge aux jeunes femmes d’aujourd’hui : “Marie était jeune et pauvre, dit-il. Cette grossesse allait déterminer son futur.” Peur de l’avenir, crainte de ne pas pouvoir assurer dans un monde qui relègue les femmes au second plan, moi je comprends ! Manque pas d’humour, quand même, le moine. Les fâcheux de sa paroisse, eux, n’ont pas apprécié mais, lui, il était content, c’est le principal. » Je l’aime bien, ma tante. Moi, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que si Marie avait eu accès aux tests de paternité prénatals sur le Net (p. 50), elle aurait compris la supercherie, aurait agi en conséquence (la fuite ou l’avortement) et aurait ainsi épargné aux Romains une grosse méprise et bien des tracas à son petit. Voilà ce que j’ai ramené de mes repas de fête. Ça, et beaucoup d’énergie pour l’année à venir parce que, des Marie en perdition, il y en a plus d’une à défendre en cette année électorale, donc cruciale. Parce que, pour ce qui est de la représentation politique des femmes et de tout ce qui n’est pas homme, âgé, blanc, riche et hétéro, les politiques que j’ai interrogé-E-s (p. 23) ont eu la classe de ne pas nous laisser espérer pour rien : vu sa construction, le système électoral nécessiterait une telle refonte que nos bobines sur la photo officielle, c’est pas pour demain. Sèche tes larmes ma chérie, ça fait couler ton maquillage. Du coup, pauvres, Noirs, femmes, banlieusards, homos, jeunes, vous, moi, nous ne nous sentons plus représentés. Et nous retrouvons qualifiés d’« oublié-E-s » par la droite et son extrême, qui nous draguent en canon. Le populisme, en temps de crise, ça fait toujours recette. Aujourd’hui, c’est dur pour (presque) tout le monde et, chez les ouvriers plus qu’ailleurs (p. 61), l’avenir inquiète. Mais je les prie de ne pas céder à la tentation Le Pen 1. Il y a quand même d’autres modèles à suivre et, en ce qui me concerne, je me reconnais bien plus dans la redoutable pugnacité de la puissante étoile Marie-Agnès Gillot (p. 16), dans la violence au grand coeur de l’écolo-pirate Paul Watson (p. 69), dans l’inspiration tout-terrain des artistes naufragés du séisme haïtien (p. 55) ou encore dans les vers à l’acide burlesque de la chanteuse GiedRé (p. 84). Je ne me sens jamais plus vivante que dans la lutte acharnée et joyeuse, surtout quand tout semble désespéré.

Au fait, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais l’année 2011 avait pour « grande cause » nationale « Pas de solitude dans une France fraternelle ». On a vu ce que ça a donné, côté fraternité. J’avais peur pour 2012 mais, finalement, le Premier ministre m’a rassurée : cette année, il l’a dit, la « grande cause », ça sera l’autisme ! Pour une année électorale, ça promet.

Bonne année, chères lectrices, et continuons à nous serrer les coudes, parce qu’il n’y a que nous pour prendre soin de nous !

 

Causette



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