Je vous déteste autant que je vous aime : beaucoup.
Parce que dans un cycle mensuel me voici enrôlée. Presque de force. Vous qui lisez ces lignes, vous participez à creuser, en profondeur, les jolis cernes naturels qui soulignent mes yeux. Vous prenez une part coupable à la transformation, en bonne et due forme, de la chaleur de mes grasses matinées en souvenirs de jeunesse. Vous savez, les journalistes qui ne sont pas feignant-E-s sont rares. Et je fais plutôt partie de la majorité. Mais les ouragans révolutionnaires qui couchent, en ce moment, tous ces vieux pylônes qui nous gâchaient le paysage m’inspirent. L’air doux et chargé de promesses des révolutions arabes me pousse au changement. Voilà qu’après deux années et demie passées à ne m’attabler pour bavasser avec vous qu’une fois tous les deux mois, je change définitivement de régime : c’est, dès à présent, le dernier mercredi de chaque mois que, sur vos douces paumes, je viendrai me frotter le dos ! Oui, je vous aime un peu plus que je n’apprécie les marques que mon oreiller me laisse sur les joues. Il y a de quoi faire, il faut dire : le monde tressaute et se couvre la bouche des deux mains – plusieurs fois par jour – face au spectacle dramatico-burlesque que nous lui donnons. Et généreux sur les rappels, nous sommes : les inégalités de richesse entre les humains n’ont jamais été, dans notre Histoire, aussi importantes. Et ça commence à vraiment se voir. Tellement que les plus riches, en France et aux États-Unis, se mettent à proposer de nous offrir une partie de cet argent qu’on n’osait même plus leur demander. Dis merci à la dame ! Bon, ça ne rassasie pas son Somalien, mais c’est un début. Ah oui, il y a une autre bonne nouvelle : des chercheurs anglais pensent que l’ecstasy pourrait être efficace contre certains cancers. Ça mettra, enfin, un peu de bonne humeur dans les services de cancérologie de nos hôpitaux. Tant qu’il y en a, du moins. Et ça serait plutôt bienvenu, parce que le seul coin joyeux – en général – de ces mêmes hôpitaux, c’était la maternité, mais ça, ça ne saurait durer (lire page 21). Il va falloir recommencer à accoucher dans la rue, mesdames, entre tantine et maman. Un linge propre, de l’eau bouillante et en avant la marmaille ! Pendant les neuf mois à venir, je vais me pencher sur ces histoires de bonnes femmes, sur ces questions qui sont liées à la maternité : c’est économique, psychologique, politique, scientifique, social… Du boulot, vous dit-on. Et autant de sujets pour nos conversations, à s’en dessécher gaiement la gorge et les lèvres, pour des siècles et des siècles ! Amen.
Causette







































