Si on m'avait dit que l'« anti-régime » deviendrait la mode...
C'que c'est beau, la révolution ! Et qu'elle est goûteuse et juste la leçon à en tirer : trop longue disette de libertés ? Paf !, un tyran sous les ponts. Rationnement excessif de perspectives d'avenir ? Pouf !, un despote en galère. Jeûne d'argent à dose supra- thérapeutique ? Et pim !, le peuple libyen en colère qui défie courageusement un autocrate hystérique et sanguinaire. On faisait mine, ici et pour les affaires, d'ignorer sa vraie nature. C'est le fameux effet yo-yo que connaissent bien toutes celles qui, à s'être trop privées pour entrer dans un 36, atterrissent dans un 42 quelques semaines plus tard. En bref et pour la postérité : trop de régimes tue le Régime !
Et moi, je l'ai bien remarqué : dans les révolutions arabes, il y a beaucoup de femmes et, pour elles, il s'agit d'une double révolution : d'abord s'affranchir du diktat des hommes du foyer pour rallier la rue et aller dégager le dictateur du palais (p. 33). Mais la plus grande de ces bonnes nouvelles, c'est que le XXIe siècle s'ouvre sur l'idée qu'il pourrait être celui du fromage ET dessert pour tout le monde ! Et du p'tit digeo qui vient à point pour rincer les cyniques d'hier.
J'ai l'impression de faire partie de la tribu préhistorique où vivait la folle qui a inventé la roue (ou le fou, d'ailleurs, ne soyons pas sexistes...), ce truc rond qui faisait, tout seul, quelques mètres en avant. Le reste de la tribu, épaté mais incrédule, le regardait avancer en se demandant jusqu'où il irait. Aucun n'aurait pu imaginer que, plusieurs milliers d'années plus tard, il y aurait quatre descendantes de son invention sous le module lunaire de la Nasa. Elle était le Mark Zuckerberg1 de la Préhistoire. En plus poilue, probablement.
Ainsi, ces Arabes qui nous ont appris à compter sont en train de nous apprendre à utiliser la roue Internet ! Sans savoir encore jusqu'où elle va nous mener. J'explique : que se passerait-il donc si, demain, un groupe Facebook intitulé « Moi aussi, j'arrête d'acheter mon essence chez BP parce que, quand même, ils ont bien pourri le golfe du Mexique ! » réunissait 25 millions de personnes ? Les connaissant, les spéculateurs sans pitié qui remplissent les salles de Bourse miseraient à la baisse sur BP, et l'action s'effondrerait. Monsieur BP, lui, aurait alors tout intérêt à se dire qu'il faut arrêter de polluer les océans s'il veut que le « petit peuple » continue à acheter son jus. Ainsi, les peuples peuvent aujourd'hui, via le Net, espérer réussir à moraliser de force le comportement des enfants gâtés du libéralisme. Et, s'il est encore trop tôt pour se réjouir de la situation des pays arabes en cours de révolution, il est sûr que les balbutiements d'Internet nous prédisent la naissance d'un monde nouveau, dont les règles semblent changer dans le sens des masses, et ça, je suis bien heureuse d'être là pour le voir. Pour la peine, c'est décidé, pour mon anniversaire et à grands coups de pâtisseries orientales, je proroge mon régime anti-régimes !
Causette
1. Inventeur de Facebook.







































