Non, mais c’est quoi ce délire?! Vous n’avez pas l’impression, vous, qu’un vilain nuage flotte au-dessus de nous, les femmes, et qu’il se nourrit comme un glouton de nos manquements élémentaires ? Quoi, qu’a-t-on encore à se plaindre, hein ?
Je vais vous le dire, ce qu'il y a. Il y a qu'on est en train de se prendre une sacrée saucée dans la face. Ça s'appelle la banalisation du viol. J'ai entendu des mecs dire que certaines filles adorent se faire prendre par devant, par derrière, par quinze mecs, et dans une cave. «Franche- ment, qui est consentante pour se faire passer dessus par vingt types ? Comment on peut dire ça ? » a demandé Nina, la victime du procès de Créteil. Ben ouais ! moi perso, je n'en connais pas, ou alors dans des endroits réservés pour. Mais c'est comme ça dans les pornos que les mômes ingurgitent dès le CM2, c'est donc que ça doit être comme ça dans la vraie vie !
La preuve, quand ils font tourner les nanas, vous savez les filles comme Nina, par exemple, qu'ils décrivent comme une « mytho », une « pute », qui participait par « plaisir », qui « aimait le sexe »... Eh bien ! ces filles, elles ne se défendent pas. Elles ne crient pas, elles ne mordent pas, elles ne portent même pas plainte. Et, quand elles le font, la vache ce qu'elles se ramassent !
Je ne vais pas commenter ici le verdict de Créteil: je n'étais pas au procès et tout s'est passé à huis clos. Mais voilà ce qui me met hors de moi: combien de temps s'est-il passé entre le moment où Nina a porté plainte et le moment du procès ? Sept ans ! Alors quoi, après tant de temps, les gens sont plus indulgents avec les accusés, ils se disent : « Mais il faut comprendre, ils étaient mineurs au moment des faits, ils ont fait leur vie, sont devenus de bons pères de famille...» Des histoires comme ça, j'en ai à la pelle. Tu veux que je te raconte ? Ah, et puis, j'y pense, il y a aussi ce mot : « tournante ». C'est la tournante ! On dirait une chanson de Patrick Sébastien. Faites tourner les meufs comme des serviettes! Quel joli mot c'est devenu, et les médias l'utilisent tranquillou, et tout le monde le reprend, comme si ça ne s'appelait pas un viol collectif !
... La suite dans Causette #29
Publié le 26 Octobre 2012
Auteur : Causette | Photo : Julie de Waroquier
3146 vues | 8 commentaires
Article excellent. Il y a tant à faire sur Le sujet... Et sur tant d'autres sujets du même ordre. Comme si une victime de viol aimait ces situations barbares, anéantissantes. C'est Scandaleux de voir qu'une victime s'en sort moins bien qu'un agresseur.
Publié par Tosca le 03 Novembre 2012Merci Causette! Je travaille auprès de victimes de violence sexualisée (c'est un terme un brin plus précis.....tout comme "pédocriminel-le" à la place de "pédophile"....) et de leurs personnes proches, au sein de l'Espace Femmes de Dinan (22), action d'une association d'éducation populaire. Ancienne victime moi-même, j'écrirais peut-être un jour le sacro-saint livre sur ce parcours ubuesque....qui m'a amenée à vouloir proposer aux victimes ce que je ne trouvais pas au moment où je le cherchais.Ces victimes, femmes - et hommes - aux prises avec ce que vous décrivez très bien dans votre article, vivent dans cette "grande nation " qu'est la France. La France, terre de choix en ce qui me concerne, est ici plus que petite, elle est minable.
Publié par Sambala le 07 Novembre 2012Merci merci pour cet article! Que j'aimerais qu'il soit lu partout et surtout récité à chaque 20h télévisuel.... Ma grand mère a été victime de viol dans les années 40 et rien n'a changé !! toujours le même déni du traumatisme qui rappelle à tous que son enfant,son amie ,sa femme ,sa voisine est sexuée. Ma grand mère a parlé 2 fois,une fois à ses parents et une fois à son mari et puis le couvercle a été refermé .Pas question de porter plainte ,pas question de désigner le coupable.; Elle a élevé ses trois enfants dans l'angoisse permanente qu'il leur arrive la même chose.Personne n'a reconnu son agression....Ma mère est devenue psychanalyste, par par hasard... 1944 ==> 2012 ,rien ne bouge....
Publié par tcillika le 10 Novembre 2012Merci Causette pour cet article.... et merci de parler aussi de ce phénomène de "sidération" qui nous paralyse pendant l'agression et qui nous empêche d'agir immédiatement après. Combien de fois en effet doit'on se justifier ensuite de ne s'être pas débattue, de n'avoir pas couru, crié, giflé...? A quoi bon de toutes façons? Car il faut le dire : au plus on se débat, au plus notre intérieur se contracte et au plus on souffre! Mon violeur fait partie des milliers de barbares conjugaux encore en liberté quelque part dans le monde et ma procédure ne donnera jamais rien, mais maintenant je me sens moins seule!
Publié par M le 14 Novembre 2012Chère Causette, Nouveau lecteur de votre magazine, j'ai parcouru avec beaucoup d'intérêt l'article consacré à la banalisation du viol. Cet article m'a ramené quelques années en arrière, quand mon amie de l'époque m'annonçait avoir été victime de viol peu de temps auparavant. A l'époque, nous étions mineurs. Je me rappelle de l'impact des interrogatoires de police, pas toujours très délicats, sur mon amie ; des implications ambiguës de certaines questions, notamment concernant le consentement, mais encore et surtout de l'absence totale d'accompagnement. Malgré les preuves , ou plutôt les symptômes, évidents de dégradation physiques et psychiques de mon amie, la procédure a été classée sans suite. Aujourd'hui, nous sommes séparés, nous nous revoyons occasionnellement mais l'évocation de cette période reste douloureuse, pour elle comme pour moi. Aujourd'hui, je suis juriste. Je me fais une raison en me disant que l'absence de preuves matérielles empêche de poursuivre quelqu'un, qu'il en va de la protection de la présomption d'innocence. J'ai appris aussi que la formation des policiers ou gendarmes en matière de délinquance sexuelle est récente, ce qui explique sans doute la façon dont nous avons été reçus. Si la répression du viol demeure difficile, il me paraît important de procéder à une prévention efficace, et ce dés le collège. En effet, il est plus logique d'éduquer un jeune que d'essayer ré-insérer un délinquant sexuel à grand coup de plans de prévention de la récidive. Je ne suis pas expert en la matière mais à mon époque en tous cas, l'éducation sexuelle au collège ne portait que sur l'aspect technique de la chose : organes génitaux en coupe, fécondation, contraception.Quand on sait que le nombre d'IVG est en augmentation, on est en droit de se demander si ces cours sont efficaces. A l'inverse, rien sur l'importance des relations sexuelles dans la construction de la personnalité, sur le respect ou le consentement, sur les risques pénaux encourus en cas de viol. En fait, rien sur l'éducation à la sexualité. A quand des cours de « sexualité civique »... De façon plus importante, il n'y a pas à mon sens d'éducation à l'image et aux médias. Ici, je pense surtout aux films pornographiques, dont les jeunes sont abreuvés et face aux quels ils manquent totalement de recul. Notre paf n'est pas non plus propice à la propagation d'idées progressistes. J'ai beau n'être pas conservateur, je suis très choqué par les publicités sexistes pour le jura, les clips de rap US où les armes côtoient les bimbos soumises, ou encore par les programmes affligeants de télé-réalité. Tout se montre, tout se vend, tout s'achète, tout va vite. Le pompon revient quand même à adopteunmec.com, dont le logo résume très bien l'esprit de notre époque. Quand la sexualité devient un bien de consommation comme un autre. Et la dignité dans tout ça ? Bref, on parle beaucoup de sexe, mais j'ai l'impression qu'on passe à côté de l'essentiel. La perversité du système, c'est qu'on nous vend tout ça comme un produit de la liberté et de l'égalité homme femme : nous aurions conquis notre liberté sexuelle. Tout ça me fait peur, parce que j'ai l'impression qu'on ne perçoit pas la violence implicite qui se dégage de ce contexte. J'entends des jeunes filles dans les transports en commun, traitant l'une de leur camarade de « grosse pute » parce qu'elle porte une jupe, "qu'il ne faudra pas s'étonner si.".. Je rencontre des filles qui n'ont jamais fait l'amour sans être saoules , qui trouvent ça normal d'avoir mal pendant les rapports sexuels. De leur côté, les garçons ne sont pas mieux, je le sais : toujours dans les transports en commun, deux jeunes discutent, l'un d'entre eux a « chopé » le numéro d'une « salope"... Comment ces jeunes peuvent ils pratiquer de façon réfléchie leur liberté dans ces conditions, je me le demande... D.
Publié par D. le 18 Novembre 2012Chère Causette, Nouveau lecteur de votre magazine, j'ai parcouru avec beaucoup d'intérêt l'article consacré à la banalisation du viol. Cet article m'a ramené quelques années en arrière, quand mon amie de l'époque m'annonçait avoir été victime de viol peu de temps auparavant. A l'époque, nous étions mineurs. Je me rappelle de l'impact des interrogatoires de police, pas toujours très délicats, sur mon amie ; des implications ambiguës de certaines questions, notamment concernant le consentement, mais encore et surtout de l'absence totale d'accompagnement. Malgré les preuves , ou plutôt les symptômes, évidents de dégradation physiques et psychiques de mon amie, la procédure a été classée sans suite. Aujourd'hui, nous sommes séparés, nous nous revoyons occasionnellement mais l'évocation de cette période reste douloureuse, pour elle comme pour moi. Aujourd'hui, je suis juriste. Je me fais une raison en me disant que l'absence de preuves matérielles empêche de poursuivre quelqu'un, qu'il en va de la protection de la présomption d'innocence. J'ai appris aussi que la formation des policiers ou gendarmes en matière de délinquance sexuelle est récente, ce qui explique sans doute la façon dont nous avons été reçus. Si la répression du viol demeure difficile, il me paraît important de procéder à une prévention efficace, et ce dés le collège. En effet, il est plus logique d'éduquer un jeune que d'essayer ré-insérer un délinquant sexuel à grand coup de plans de prévention de la récidive. Je ne suis pas expert en la matière mais à mon époque en tous cas, l'éducation sexuelle au collège ne portait que sur l'aspect technique de la chose : organes génitaux en coupe, fécondation, contraception.Quand on sait que le nombre d'IVG est en augmentation, on est en droit de se demander si ces cours sont efficaces. A l'inverse, rien sur l'importance des relations sexuelles dans la construction de la personnalité, sur le respect ou le consentement, sur les risques pénaux encourus en cas de viol. En fait, rien sur l'éducation à la sexualité. A quand des cours de « sexualité civique »... De façon plus importante, il n'y a pas à mon sens d'éducation à l'image et aux médias. Ici, je pense surtout aux films pornographiques, dont les jeunes sont abreuvés et face aux quels ils manquent totalement de recul. Notre paf n'est pas non plus propice à la propagation d'idées progressistes. J'ai beau n'être pas conservateur, je suis très choqué par les publicités sexistes pour le jura, les clips de rap US où les armes côtoient les bimbos soumises, ou encore par les programmes affligeants de télé-réalité. Tout se montre, tout se vend, tout s'achète, tout va vite. Le pompon revient quand même à adopteunmec.com, dont le logo résume très bien l'esprit de notre époque. Quand la sexualité devient un bien de consommation comme un autre. Et la dignité dans tout ça ? Bref, on parle beaucoup de sexe, mais j'ai l'impression qu'on passe à côté de l'essentiel. La perversité du système, c'est qu'on nous vend tout ça comme un produit de la liberté et de l'égalité homme femme : nous aurions conquis notre liberté sexuelle. Tout ça me fait peur, parce que j'ai l'impression qu'on ne perçoit pas la violence implicite qui se dégage de ce contexte. J'entends des jeunes filles dans les transports en commun, traitant l'une de leur camarade de « grosse pute » parce qu'elle porte une jupe, "qu'il ne faudra pas s'étonner si.".. Je rencontre des filles qui n'ont jamais fait l'amour sans être saoules , qui trouvent ça normal d'avoir mal pendant les rapports sexuels. De leur côté, les garçons ne sont pas mieux, je le sais : toujours dans les transports en commun, deux jeunes discutent, l'un d'entre eux a « chopé » le numéro d'une « salope"... Comment ces jeunes peuvent ils pratiquer de façon réfléchie leur liberté dans ces conditions, je me le demande... D.
Publié par D. le 18 Novembre 2012Merci Causette pour dire haut et fort ce que je vois et pense depuis si longtemps dans notre monde. Merci à toi D pour cette analyse si juste et en même temps qui annonce un avenir affligeant. À cet instant je cherche un peu de courage pour remplir ma demande d'aide juridictionnelle à l'appel que je fais sur la décision prise par le juge d'instruction. Non il n'y a toujours pas de procès 13 après les faits et peut-être n'y en aura-t-il jamais... Verdict jeudi prochain! Youpi. Là je cherche juste un peu de soutien pour remplir ce p... de dossier pour que mon avocate touche enfin quelque chose... Le courage ne manque pas pour toutes les femmes violées que nous avons été, qui sont ou seront. J'en connais malheureusement trop autour de moi, les rapports de domination entre hommes et femmes ne sont pas prêt d'être réglés. Heureusement il y a des hommes intelligents, sensibles et compréhensifs. ils ne sont pas des violeurs, mais des humains qui écoutent d'autres humains et qui entendent, respectent et aiment. Malgré le fait que rien n'est gagné pour cette cause je veux rendre hommage à tous ces hommes, à toutes ces femmes, aux amis et amies qui sont là. À mon avocate qui malgré les années soutient mon dossier toujours avec autant de ferveur. Je veux croire en un monde meilleur.
Publié par BlackMamba le 21 Novembre 2012Consultation ordinaire de chirurgie gynecolgique hospitalière: ce matin une douzaine de patientes consultant pour divers problemes dont des douleurs chroniques. Apres une longue discussion et mise en confiance deux d'entre elles expliquent avoir ete violees ce qu'elles n'ontpour l'instant dit a personne. L'une a plusieurs reprises dans l'enfance dans le cadre familial, l'autre adulte par son ex. Aucune ne veut porter plainte mais elles finissent par admettre que le motif de consultation et le long passé de problemes gynecologique a surement a voir avec cette souffrance ancienne qu'elles ont gardé pour elles. Des solutions et un soutien vont etre proposes mais comme a chaque fois face a une telle situation ces femmes me donnent l'impression de vivre avec quelque chose de cassé à l'intérieur d'elles. Ce matin deux sur une douzaine! on est proche de ce qui est estimé en France (16%): mais je pense aussi à toutes les autres que je n'ai pas su voir.
Publié par MB le 27 Décembre 2012






































