COUP DE PROJO
La fin de la presse papier, c'est maintenant ?

Loin des Unes de l'actu, une guerre fait rage. En jeu, les finances calamiteuses de la société Presstalis, qui distribue tous les quotidiens, ainsi que 75 % des publications de presse disponibles en France. Bref, ceux qui acheminent les journaux chez votre kiosquier sont en danger. Le tribunal de commerce doit se prononcer le 30 septembre sur un éventuel dépôt de bilan de Presstalis. Quelle que soit la décision, le tribut sera lourd à payer : 1 250 emplois sont menacés. En attendant, les éditeurs, les diffuseurs et l'État cherchent une solution. La messagerie concurrente, MLP, risque de couler avec, mais se verrait bien prendre, après son hypothétique sauvetage, la place du géant défaillant... Tout ça, c'est leur problème, a-t-on tendance à penser... en se trompant lourdement. Parce que ça donne quoi, un pays sans journaux ?

Je vais vous raconter une histoire pas très glamour, une histoire de manutention, de palettes, de conditionnement de piles de journaux, de camions faisant des allers-retours entre des entrepôts et les 28 579 marchands de journaux français. De centaines de milliers d'exemplaires empilés, déplacés, chargés, conduits quotidiennement, de jour comme de nuit. Bref, ce qui fait qu'un exemplaire de Causette arrive entre vos mains. Ces métiers de la presse, tout le monde les néglige et, même dans les rédactions, on ne s'y intéresse guère. Mais, loin des feux médiatiques, c'est la clé de voûte de tout un système qui se fissure sérieusement.

Vous le savez probablement déjà, la presse va mal. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que la chute s'accélère. Les chiffres sont terrifiants. La presse écrite accuse une baisse des ventes de plus de 20 % sur les cinq dernières années et prévoit une chute de 25 % supplémentaires (!) sur les quatre prochaines années.

 

Le covoiturage tourne court


Oui, vous allez de moins en moins au kiosque et cela a des conséquences lourdes pour l'ensemble de la presse écrite. La raison est simple. Moins on vend de journaux, plus ils coûtent cher à produire. Et surtout, à transporter. Pendant de longues années, la presse s'est appuyée sur un système de covoiturage : un exemplaire du Monde voyage dans le même camion qu'un exemplaire de Closer. Ce système de distribution est particulièrement avantageux pour les quotidiens, les autres titres acceptant, par une traditionnelle solidarité, de payer pour les premiers : si Le Monde, qui coûte aujourd'hui 1,5 euro, était acheminé chaque jour tout seul, il coûterait au moins le double et ne se vendrait donc pas. Seulement, ce système de covoiturage exige un volume de ventes élevé des autres publications. Ce qui n'est plus le cas. Tous dans le même camion = tous dans le même bateau. Ça peut vous paraître surprenant, mais Libération, Le Figaro ou Le Monde ont besoin que Closer ou Télé Z se portent bien.
Car, plus leurs ventes, donc leur tirage, chutent, plus le transport coûte cher. C'est le deuxième effet de la baisse. Prenons un exemple que vous connaissez bien : Causette. Certes, le magazine est en bonne santé financière mais, sur les 4,90 euros que coûte le mensuel, 1,63 euro est dépensé rien que pour son transport, soit 30 % de son prix de vente. Il faut bien payer l'essence ! La plupart des journaux et des magazines atteignant déjà difficilement l'équilibre financier, une augmentation de quelques centimes du coût d'acheminement pourrait leur être fatale.

 

... La suite dans Causette #28

Publié le 26 Septembre 2012
Auteur : Grégory Lassus-Debat | Photo : Illustrations : Camile Besse
2073 vues | 6 commentaires

Vos réactions (6 commentaires)

OMG, je vais devoir pleurer pour sacrifier à la pensée bien pensante. Pauvres éditeurs, pauvres diffuseurs, pauvre état ! Je peux même rajouter : pauvre journaliste de Causette qui nous prend pour des quiches. Nous, les revendeurs, ceux qui se trouvent au niveau 4 tout en bas de l'échelle, ceux dont on ne parle jamais sinon pour dire que c'est formidable de tenir un kiosque où l'on se gèle l'hiver, où l'on meurt de chaud l'été et où l'on doit pisser dans une bouteille parce qu'il n'existe aucune commodité ; ceux qui sont envahis pas des publications qui ne se vendent pas, ceux qui sont obligés de payer des publications qui ne leur appartiennent pas mais qui doivent fermer leur gueule parce que c'est comme ça, c'est la loi (Bichet) et que tu dois aimer ça, que c'est ta joie ; ceux qui, chaque jour que le dieu Prestalis fait, se cassent la tête (et le dos) à essayer de caser les services abusifs dans les petits rayonnages, ceux qui en ont par dessus la tête de ces jérémiades sur l'état de la presse alors que personne ne se préoccupent de ce que nous pouvons en penser et proposer comme solution (c'est vrai que nous avons la tête dans le guidon, donc nous n'avons pas de recul, que nous sommes que des vendeurs de papier, que l'on n'y connait rien, que l'on doit à peine savoir lire...), nous qui voyons les prix grimper et les commissions stagner, sauf pour certains, comme Relay par exemple commissionné à 30 % alors que pour nous, l'ensemble du réseau, c'est plutôt 15 % en moyenne... j'arrête là mais la liste n'est pas exhaustive... Tout ça pour dire que, depuis le numéro 1 de Causette, j'ai (moi personnellement en tant que responsable de presse) toujours mis ce magazine en avant car différent, d'un autre ton, d'un autre point de vue. A la lecture d'un tel article, je n'ai qu'une envie : planquer Causette au fond d'un tiroir et ne plus mettre en avant que la presse people afin de faire tourner la boutique (et même dans ce cas, j'aurais bien du mal à payer les factures). Pour l'heure, juste un conseil, même pas, une proposition d'article au sieur Grégory Lassus-Debat : allez à notre rencontre, investiguez sérieusement sur notre travail au lieu de gloser sur des institutions archaïques, aidez-nous à éclairer les lecteurs sur les diktats d'une congrégation d'éditeurs tout-puissant, alertez les mêmes lecteurs sur l'apocalypse que nous préparent tout ce beau monde, dénoncez les montages financiers de publications qui ne sont que des papier/collé où les pigistes et/ou gratte-papiers sont payés au lance-pierre, ouvrez les yeux sur le Grand Ratage de la Presse du vingt-et-unième siècle qui, en plus de traîner son lourd passif du siècle dernier, est en train de complètement planter l'implantation du numérique dans notre culture et dans nos foyers. En un mot comme en cent, faites votre boulot et faites le bien. Merci.

Publié par Kikemo le 27 Septembre 2012

cher diffuseur, en réponse à votre coup de gueule,et bien...... je le partage ! mais je ne veux pas vous faire bondir de colère,une fois que je me serais présenté, mais m'associer a votre douleur et a vos cris tout en vous précisant certaines choses , certaines informations dont vous n'avez malheureusement pas accès. et sans langue de bois dénoncer ce qui se passe en coulisse et de ce fait peut être vous faire changer d'avis, et de vous associer à moi pour taper ensemble sur les vrais coupables... presstaliss c'est le niveau 1 : spps et bureau c'est le niveau 2 : depot presse (19 SAD et 30 soprocom) c'est le niveau 3 : diffuseurs de presse et ca, niveau 1 et 2 c'est 2500 salariés niveau 3 : c'est vous ! et environ 30 000 autres. je me presente, je suis delegué synd. CGT du livre sur le site de limoges haute vienne. allez sur le blog des " les echos" ..sur fr3 limousin et je denonce ! je protege les diffuseurs !! sur ma region j'ai impliqué nos amis diffuseurs au combat qui s'oppose a 1200 licenciements de presstalis, car le travail sera encore + degradé pour vous ! vous en avez mare de ces titres qui vous innondent ? et bien les reglages sont delocalisés depuis " belle lurette" d'une precedente reforme. les employés sur depots n'ont plus la main pour vous ajuster votre potensiel vente a votre besoin, et ne peuvent meme plus aleger vos rayon de titres encombrant. mais le plus grave, le travail qui s'effectue en amont en depot sera delocalisé pour confectionner vos colis ! donc, ce sera des interimere qui vont faire vos colis pub demain ! et a 300 km de votre magasin ! imaginez si votre colis se perd ! sur ma SAD nous sommes 26..demain nous seront 8 !! pour 320 diffuseurs ! pour faire du " cross docking !! vos colis arriveront deja confectionnés, par des pauvres interim n'ayant pas conscience du service a rendre j'imagine la qualité !! il vous manque les hebdo dedans ? ben....on vous les retrouvera dans 10 jours !! ce sera des " collectors " !! super pour remplir le tiroir caisse !! de plus une politique editeur presstalis est en place depuis le debur de l'année ! le diffuseurs " non rentable " ou on le ferme ou il va chercher ses colis a sa charge avec sa voiture au dernier point de vente livré sur sa tournée ! tu te leves a 4 h du matin ou tu creves !! sur ma region 14 on deja eté coupés malgrés leurs cris de depis !et il y a une liste noire de 20 de plus...pour commencer...je suis degouté !! tout comme vous !! ( fr 3 limousin (http://www.pluzz.fr/jt-19-20-limousin.html) alors en résume, reforme presstalis c'est 50 % de licenciements de 2500 salariés , fini les 140 dépôts de presse, on passe a 68 mandats , on passe a 5 plateformes sur la France en massification des flux ! et on passe de environ 30 000 diffuseurs a ...je vous laisse deviner !! si vous êtes rentables vous aurez les infos car encore en vie dans le cas inverse....et qui finance ?. cette reforme dégoutante coute 250 voire 300 M€ et l’état les offre à des actionnaires éditeurs millionnaires pour certain pour payer les 1200 licenciements et par effet boule de neige dégager les diffuseurs non rentable qui coute trop cher en transport, ben vendre 3 equipe , 2 express et 4 telé 7 jours et faire 35 km pour le livrer....ça intéresse plus !! en conclusion , j'admire votre coup de gueule ! mais je vous demande de pardonner nos gréves qui vous privent de revenus ,mais ce sont des emplois et vous !! diffuseurs qui sommes en grand danger ! cordialement, Philippe.

Publié par philippe cgt du livre le 03 Octobre 2012

Merci de votre commentaire qui en dit long sur le sort des revendeurs, et éclaire sur une réalité méconnue..; mais pourquoi opposer vos combats...Votre souffrance et l'injustice dont vous êtes victime, n'enlève rien à l'article de Causette qui nous expose sa réalité, et ne nous prend pas pour des quiches, juste pour des citoyens responsables ayant droit et besoin à l'information, aux informations... La preuve votre message ,'est pas censuré... Utilisant moi même beaucoup le web, j'y réfléchirai à 2 fois désormais, et retournerai plus souvent chez notre buraliste de village paumé qui est adorable! Pas une quiche non plus... Longue vie aux journaux, magasine et TOUS les acteurs de cette chaîne!

Publié par Tibouel le 04 Octobre 2012

Merci de votre commentaire qui en dit long sur le sort des revendeurs, et éclaire sur une réalité méconnue..; mais pourquoi opposer vos combats...Votre souffrance et l\\\'injustice dont vous êtes victime, n\\\'enlève rien à l\\\'article de Causette qui nous expose sa réalité, et ne nous prend pas pour des quiches, juste pour des citoyens responsables ayant droit et besoin à l\\\'information, aux informations... La preuve votre message ,\\\'est pas censuré... Utilisant moi même beaucoup le web, j\\\'y réfléchirai à 2 fois désormais, et retournerai plus souvent chez notre buraliste de village paumé qui est adorable! Pas une quiche non plus... Longue vie aux journaux, magasine et TOUS les acteurs de cette chaîne!

Publié par Tibouel le 04 Octobre 2012

Réponse pour Philippe le cégétiste Si on en arrive à un tel programme de licenciement, n'est-ce pas parce que votre syndicat a refusé toutes les négociations sur un changement de votre régime salariale ubuesque? Tout ça ne date pas d'aujourd'hui, depuis que je vend des journaux (15 ans), nous ne faisons que subir vos diktats. Maintenant que Lagardère vous a lâché, qui va encore accepter de vous payer les sommes astronomiques que vous demandez comme salaire. Renseignez vous sur les moyens de subsistance de vos diffuseurs avant de leur faire la leçon. Mon collègue le plus proche survit grâce à l'argent versé par ses parents, son prédecesseur a du vendre son appartement pour ne pas faire faillite et celui encore avant était alcoolique jusqu'à qu'il arrète d'être kiosquier. Quand à moi je suis payé en 2 fois, et ma collègue (gérante) n'a pas pu prendre de salaire depuis le mois de mars. Travaillez 7 jours sur 7, 12 heures par jour, et vous pourrez venir pleurer.

Publié par mma074 le 11 Octobre 2012

Réponse pour Philippe le cégétiste Si on en arrive à un tel programme de licenciement, n\'est-ce pas parce que votre syndicat a refusé toutes les négociations sur un changement de votre régime salariale ubuesque? Tout ça ne date pas d\'aujourd\'hui, depuis que je vend des journaux (15 ans), nous ne faisons que subir vos diktats. Maintenant que Lagardère vous a lâché, qui va encore accepter de vous payer les sommes astronomiques que vous demandez comme salaire. Renseignez vous sur les moyens de subsistance de vos diffuseurs avant de leur faire la leçon. Mon collègue le plus proche survit grâce à l\'argent versé par ses parents, son prédecesseur a du vendre son appartement pour ne pas faire faillite et celui encore avant était alcoolique jusqu\'à qu\'il arrète d\'être kiosquier. Quand à moi je suis payé en 2 fois, et ma collègue (gérante) n\'a pas pu prendre de salaire depuis le mois de mars. Travaillez 7 jours sur 7, 12 heures par jour, et vous pourrez venir pleurer.

Publié par mma074 le 11 Octobre 2012
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